Sankai Juku, la compagnie de Ushio Amagatsu


• Article de Pierre-Olivier Febvret à propos du spectacle Meguri à Clermont (Journal : La Montagne, Issoire, Puy de Dôme, 25/01/2017, P.13)

Suite à la représentation du 24 Janvier à la Comédie de Clermont concernant Meguri de Ushio Amagatsu (Compagnie Sankai Juku), Pierre-Olivier écrit un article : L'insoupçonnable légèreté de l'être.
« Avec Ushio Amagatsu et sa compagnie Sankai Juku, la beauté n'est jamais gratuite. Elle a toujours un sens profond. La preuve avec Meguri (mot japonais qui renvoie à l'évolution de toutes choses), nouvel exercice d'un style éprouvé : le buto et sa sensibilité très moderne.
  • Tout se passe au pied d'un vaste panneau dessinant des fossiles d'animaux aquatiques. Une utilisation fine des lumières donne un juste relief et vie à cette atmosphère minimaliste.
  • S'y déploient sept danseurs et autant de personnages ambigus: des foetus adultes, êtres poudrés, privés d'humanité, bipolarisés sur l'apaisement ou l'effroi. Ils n'ont besoin que d'un essentiel pour vivre, celui de la nature et des cycles immuables, entre exubérance marine et tranquillité terrestre. On devine en effet les algues prises dans les courants délicats. Les herbes hautes fléchies par la brise. Tout est fluide, maîtrisé, équilibré.
Dans le temps, l'ensemble tient par sa forme, basée évidement sur le cycle. Les grands tableaux et cassures de rythme empêchent l'ennui de s'installer dans cette sublime apologie de la lenteur. »

• Le spectacle Meguri à Montpellier, le 12 Janvier


Au bord d’une performance transcendantale ; huit corps d’hommes au crâne rasé, peints en blanc et presque nus, nous montrent notre relation au cosmos en évoluant au sein de Meguri. Les danseurs naviguent entre sable et fond bleu, entourés de parois rouges/brins modelées en empreintes fossilisées.
À l’intérieur d’une lenteur à nous couper le souffle, cet environnement nous offre une poésie sur les différents cycles que l’on rencontre au fil du temps. Tout est une question de temps : le caractère est une question de temps, cela tient tant bien que mal, pendant un certain temps exactement comme la nature et notre place au monde.

• Entretien de Pierre Barnier, producteur des tournées européennes de la compagnie Sankai Juku (entretien fait à Caen)


« -On parle souvent du butô comme d’une danse née du cataclysme d’Hiroshima ?

Ce serait beaucoup trop réducteur. Le butô est né au milieu des années 1960, dans ce bouillonnement mondial qui provoqua également les mouvements étudiants de Mai 68 en France, ou encore en 65 à Berkeley. Sans doute la défaite du Japon lors de la Seconde Guerre mondiale a marqué cette génération, mais le butô est le résultat d’une certaine rébellion à l’occidentalisation à marche forcée, la perte de repères identitaires liée à l’obligation faite à l’empereur de déclarer qu’il n’était pas un dieu…

Il n’existe pas de butô original, mais deux fondateurs principaux, Kazuo Ohno et Ushio Amagatsu. Le butô de ce dernier est très esthétisant, s’appuyant sur les notions de cycles de la vie, l’évolution de l’humanité depuis sa première forme unicellulaire jusqu’à ce qu’il est aujourd’hui.

-En quoi le butô d’Amagatsu se distingue-t-il particulièrement ?

La terre et le feu, l’air et l’eau sont ses sources d’inspiration. Mais il a une technique très particulière, il dialogue avec la gravité. Si dans la danse occidentale, les danseurs luttent contre la gravité dans une sorte de combat dont l’humain doit sortir vainqueur, la gravité est un partenaire du butô d’Amagatsu qui replace l’homme dans son environnement.

-Votre compagnie tourne partout dans le monde : le butô n’est donc pas uniquement perceptible par un public japonais ?

Il existe un mouvement butô un peu partout dans le monde, il essaime ! Sans doute parce que pour un danseur professionnel, le butô fait le lien entre théâtralité et danse. Il ouvre un grand espace de liberté de création. En revanche, pour Ushio Amagatsu, son butô n’est adapté qu’à des corps japonais.

- De quoi parle le spectacle Meguri qui sera interprété mercredi et jeudi à Caen ?

Meguri est une déformation du chinois qui signifie cycle. Il est sous-titré « exubérance marine, tranquillité terrestre », pour introduire cette notion de tout ce qui tourne en boucle. Ce spectacle comporte de nombreuses images, avec des décors composés de 45 panneaux, des costumes et des éclairages qui provoquent un grand impact esthétique, avec des gestes très empreints de majesté. A l’image de la toute première scène, où quatre danseurs au sol bougent tels des anémones de mer… mais on peut aussi voir autre chose !

-Et vous-même, comment êtes-vous venu au butô ?

Comédien de formation, j’avais été fasciné lorsque j’ai vu pour la première fois un spectacle de butô d’Amagatsu en 1981… et je m’étais dit que j’aimerais bien travailler avec lui. Alors que j’étais directeur dans la compagnie de Carolyn Carlson, la compagnie Sankai Juku était notre voisine… c’est comme ça que je suis devenu son producteur. Et ça fait 25 ans que cela dure. » 

• Recherches dans Dictionnaire de la Danse, sous la direction de Philippe le Moal, éd. Larousse 1999 :


• Quelques mots à propos d’Amagatsu Ushio, danseur et chorégraphe japonais (P.12)

Amagatsu Ushio né en 1949, danseur et chorégraphe japonais, est une figure emblématique du butô.
Il crée Sankai Juku en 1975. Au sein de ces premiers spectacles, il est dans la recherche de l’origine, et des mythes : Shoriba (1979) rappelle les danses kagura du culte du shintoïste ; Jomon Sho (1982) fait référence aux peintures rupestres et aux sculptures de la préhistoire.
Le spectacle qui fait la réputation internationale de Sankai Juku est Kinkan shonen (1978), présenté au festival de Nancy en 1980, reflète les souvenirs d’enfance d’Amagatsu.
En 1985, un danseur de la compagnie décède lors d’une performance à Seattle où les danseurs étaient suspendus par les pieds à une dizaine de mètres du sol. Ce décès marque un grand tournant, Amagatsu délaisse la radicalité du butô et se dirige vers une esthétique raffinée en gardant les thèmes des origines de la vie et de la mort.

  • Kinkan Shônen, création de la compagnie le 24/06/1978 (P.401)
Graine de Cumquat ( Kinkan Shônen) est une pièce chorégraphique de la compagnie Sankai Juku en 7 tableaux nommés : « le Geste dans le souvenir », « Vers l’envers », « Suprême solennité du rite », « Vanité de la nature », « Rire grinçant », « Fin du rivage » et « Vers l’éternel ».
Kinkan Shônen reflète le rêve d’un enfant qui s’imagine être un poisson. Les danseurs évoluent dans un décor de peaux de poisson séchées. On se retrouve plongé dans un rituel qui se déploie en lenteur où l’on aperçoit la poésie symbolisée par un paon vivant face au grotesque dans le rictus d’un gnome.

Source : gallica.bnf.fr





Sankai Juku Hibiki
Hibiki à Montpellierdanse en 2000



Meguri2
Meguri à Montpellierdanse en 2017

Liens :

http://www.performingarts.jp/E/art_interview/0902/1.html

http://www.sankaijuku.com/

http://wikidanca.net/wiki/index.php/Sankai_Juku


https://fr.wikipedia.org/wiki/Ushio_Amagatsu


https://www.facebook.com/SankaiJuku