Soundspaces – Espaces, expériences et politiques du sonore, par Claire Guiu, Guillaume Faburel, Marie-Madeleine Mervant-Roux, Henry Torgue et Philippe Woloszyn

Exposé fait par Mégan SAGLIETTE-GIUDICELLI et Lisa ALLAIS

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Le livre choisi pour ce dossier dans le cadre du cours sur l'art sonore fait écho à « soundscape », une notion créée et théorisée par Murray Schafer. J'ai choisi de m’intéresser uniquement aux parties du livre qui évoquaient le paysage sonore et le rapport espace/son.
En effet, nous trouvons dans cet ouvrage l'interrogation portée sur les liens entre espace et son. Plusieurs experts tels que des géographes, des sociologues, des analystes de l'art et des arts du spectacles, des urbanistes ou encore des acteurs culturels vont contribuer à l'apport de différents outils permettant de comprendre ces liens et d'agir en leur faveur. C'est la raison pour laquelle j'aborderai les différents procédés de composition qui mobilisent la dimension sonore dans leurs différentes configurations, c'est à dire pour la mise en scène d'espace.

Comme l'a écrit Claire Guiu, « soundspace n'est pas soundscape ». Diverses discussions ont révélé la nécessité de cesser de parler de paysage sonore ; une notion jugée trop ambiguë. Il nous est expliqué que cette notion a été récemment infiltrée dans le vocabulaire de la recherche, notamment en architecture, en géographie et dans bien d'autres domaines sans qu'elle soit définie de manière explicite.
Guiu se demande si un paradoxe est associé à son et paysage ? Selon elle, la notion de paysage correspond à la représentation picturale et visuelle dans laquelle le cadrage et la distanciation sont des conditions de l'analyse. Or, on ne peut cadrer les sons, mais il est compliqué de s'en défaire.
Un paysage ne s'écoute pas et un son ne se regarde pas, nous baignons dans ce que l'on appelle un environnement sonore.

Qu'il soit question de l'élaboration d'une bande-son au cinéma, d'une dimension acoustique et auditive d'une production théâtrale, d'une émission de radio, d'un projet artistique pour un parc naturel ou encore je cite "d'une mise en place d'une politique culturelle dans le cadre d'un projet urbain", la composition sonore est considérée comme un art d’agencement de diverses formes sonores et spatiales ; c'est à dire qu'il s'agisse d'une ambiance, de voix, de bruits ou encore d'espace, de scène ou de territoire.
De cette manière, on considère la composition comme un acte de création dirigé par l'acteur qui compose tel qu'un ingénieur du son, un réalisateur, un politique et bien d'autres qui, pour aboutir à leur travail ont besoin d'une mobilisation de divers outils et dispositifs tel que l'enregistrement. Ainsi, on envisage la composition en espace.
Ici, nous avons affaire à des espaces ayant un statut particulier ; on parle de lieux spécifiques tels que des scènes théâtrales, des scènes musicales, que l'on considère comme des scènes venant contribuer à la mise en place de projets de territoire, qui, de ce fait ont lieu en tant qu'espace de résonances et de sonorités. Ces lieux deviennent alors là où le sont fait écho.
Grâce à tous ces éléments, nous pouvons observer les agencements entre son et espace en soulignant l'observation des variations. Tout ceci regroupe une articulation complexe entre les notions espace/son. On nous explique que la dimension sonore peut intervenir dans l'écriture d'un espace sur le mode séquentiel, rythmique, et avoir un rôle de structuration, de ponctuation dans le déroulement d'actions spatialisées. Cette dimension sonore peut également bâtir une mise en décor et en contexte ou alors faire l'objet d'une création spatialisée mais elle peut aussi venir en aide à l'action et constituer une identité à une narration ou situation.

Le paysage sonore est-il un paysage musical ?

L'ouvrage du célèbre Murray Schafer « The tuning of the world » traduit en français par "Le paysage sonore", insiste sur la confusion établie entre sons et musique. Comme plusieurs musiciens compositeurs, il considère le son du monde comme une matière musicale ; car pour lui la musique a voulu d'une certaine manière s'affranchir des codes, notamment en tissant des liens avec d'autres formes d'arts tels que la peinture ou encore l'écriture.
Schafer soumet l'analyse sonore aux règles de la représentation visuelle ou musicale ; il semble nécessaire d'interroger le son en tant qu'objet dans ses variables spécifiques c'est à dire, sa matérialité, ses flux, ses surgissements et ses ruptures.
L'on dénomme « paysage sonore » ce que l'on appelle environnement sonore ou son du réel. Cette notion réfère à la construction d'une représentation du visible. Ce modèle s'installe dans l'histoire de la peinture, lors de « l'invention » du paysage.
Ainsi, nous pouvons faire fonctionner ce processus pour le son ; c'est à dire de prendre en compte l'utilisation d'outils enregistreurs.
Inventé pour reproduire les voix et les discours, l'enregistrement va permettre de capturer la continuité d'un son, d'un espace sonore ; il créé donc le paysage sonore.

« L'invention du paysage pictural a produit une rhétorique, l'invention du paysage sonore développe la sienne » Anne Cauquelin

Le paysage sonore est donc, pour ma part un espace d'échange de son(s), d'échange sonore(s) en lien avec le territoire ou l'espace en question ; qu'ils proviennent d'un théâtre, d'un espace urbain ou rural, d'une scène musicale ou encore d'un espace très réduit en intensité sonore.
Je vois le paysage sonore comme l'émergence des sensibilités, des émotions et du corps, comme une expérience sensible et sensitive ; car l'approche du son provient, soit du direct, soit de l'enregistrement qui lui, permet une écoute attentive afin de pouvoir créer une représentation de cette écoute et de ressentir l'impact du son sur le corps et sur les émotions.
De cette manière, je pense que le rapport espace/son est paradoxal mais complémentaire, notamment en mobilisant de nouvelles situations d'écoute qui permettront de mettre en intrigue un territoire ou un lieu donné.
L'espace est un contenant, un contenant du son et du paysage que l'imagination se charge de représenter et de produire.