Tadashi Kawamata


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Tadashi Kawamata (né en 1953 à Mikasa, sur l'île d'Hokkaido, vit et travaille à Tokyo et Paris) a réalisé des œuvres architecturales in situ dans le monde entier.
A seulement 28 ans, il est sélectionné pour la Biennale de Venise, avant de participer à la Documenta de Cassel en 1987. En 2005, il prend la direction artistique de la Triennale de Yokohama. Professeur à l'Ecole des beaux-arts de Paris, il a depuis exposé dans de nombreux endroits comme le Madison Square Garden de New York en 2008, dans le cadre d'Evento à Bordeaux en 2009, au Centre Pompidou en 2010, ou encore à Gand et Abu Dhabi en 2012. Le travail de Kawamata porte une réflexion sur l'espace architectural, urbain ou encore paysagé en tant que produit et contexte social. Une étude attentive des relations humaines qui l'ont défini, ainsi que des modes de vie qui en découlent, lui permettent chaque fois de déterminer progressivement la nature de son projet. Ses œuvres, le plus souvent éphémères, sont généralement réalisées en bois, parfois sous forme de matériaux de récupération issus d'un environnement immédiat. Les interventions de Tadashi Kawamata recréent des ponts entre passé et présent, entre dehors et dedans, entre effectif et potentiel : elles révèlent une autre identité des espaces et des lieux mettant en lumière la part invisible et pourtant bien réelle de leur dimension culturelle et sociale. La création d'une communauté avec laquelle il partage la recherche et l'effort du travail physique anime et fonde chacun de ses projets.


L’œuvre et son environnement

A l’origine de son travail, Kawamata, s’intéresse à des notions d’urbanisme ; des chantiers de construction ou de démolition, des zones intermédiaires subsistant dans l’espace public, des espaces délaissés et improbables de l’environnement urbain que l’artiste réinvestit. C’est à partir d’une découverte sensible, physique et mentale de l’histoire du lieu (architecture, urbanisme ou paysage) et d’une étude attentive des relations humaines qui les ont définis et des modes de vie qui en découlent que Tadashi Kawamata détermine progressivement la nature de ses projets artistiques. La valeur d’un site est très importante pour lui, les lieux où il accepte d’intervenir possèdent une mémoire, une histoire particulière. Ainsi, à Kassel, c’est une église en ruines, détruite par la seconde guerre mondiale et négligée lors de la reconstruction de la ville, que Tadashi Kawamata restitue aux habitants à l’occasion de la Documenta VIII en 1987.
Adepte des métamorphoses urbaines douces, éphémères et qui se multiplient, l’artiste modifie les espaces sur lesquels il intervient, en créant des excroissances, comme des nacelles nichées en hauteur, des ponts suspendus, des observatoires, tel le projet Carton Workshop réalisé en 2010 au Centre Pompidou où l’artiste installe des «huts», accrochées sur la façade du musée comme des nids d’hirondelles, questionnant notre regard sur l’environnement qui nous entoure.

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L’œuvre in situ

Dans le montage et la réalisation de ses projets, l’artiste travaille toujours in situ. Bien qu’il entame un travail de réflexion se développant au travers de croquis et de maquettes, la création de la structure et de l’installation se fait sur et pour le lieu investi. A Venise, Fukuoka, Sapporo, New York, La Hague, Tokyo, etc., ses constructions se greffent à des architectures existantes, occupent des interstices, des passages ou des zones d’entre-deux. Dans ses œuvres, Tadashi Kawamata respecte toujours le bâtiment investi, ses structures interviennent autour, sans jamais l’entraver physiquement.
Par ses interventions In situ, l’artiste offre une nouvelle structuration de l’espace et de sa perception, inventant de nouveaux rapports entre espace public et espace privé.
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Passages et ponts

Ses installations, ainsi réalisées révèlent une autre identité des espaces et des lieux et créent un dialogue, une passerelle, souvent inattendus entre dehors et dedans, art et architecture, passé et présent, entre richesse patrimoniale et création contemporaine. La notion de passages se révèle fondamentale dans son travail. A Barcelone en 1996, une passerelle et un observatoire mettent en évidence la frontière entre le musée d’art contemporain et le vieux quartier. A Evreux en 2000, les piétons sont invités à circuler sur la place de l’Hôtel de ville par une passerelle surélevée reliant les bâtiments qui subsistent d’après-guerre, offrant une nouvelle vision de la ville. Autant d’exemples et de situations où l’oeuvre invite à un déplacement, à un cheminement.
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Le processus de création : Work in progress et art participatif :


Dans chaque projet, Tadashi Kawamata absorbe des influences grâce à un travail en équipe (aide physique) et en interaction (idées) avec ses assistants qui peuvent être des étudiants d’Ecoles d’Art (Beaux-Arts, Architecture et Paysage), des charpentiers, des ingénieurs, des lycéens, des associatifs, des publics en difficulté (prisonniers, toxicomanes), des passants ou même des enfants. Sa démarche individuelle et solitaire devient ainsi sociable et en partie collective (art participatif, collaboratif).
L'artiste adopte deux types de démarches, selon qu'il s'agit d'un workshop (atelier) ou d'un projet personnel : "Dans un workshop, c'est le processus qui prime (...). C'est un projet artistique qui propose une démarche différente de création (...) Pour mes propres projets, je me comporte plus en chef d'orchestre alors que pendant un workshop, je suis un simple membre du groupe parmi les étudiants. Nous décidons tous ensemble (...) Pour un projet personnel, j'arrive avec mon propre concept, une idée de construction qu'il s'agit de faire partager".
Un des aspects essentiel de l’œuvre de Tadashi Kawamata repose principalement sur l’importance du processus de création. Son travail ne se résume pas seulement à l’objet fini. C’est le processus de création qui est important :
« Je ne fais pas cela pour le résultat (…). La démarche est plus importante ».
Ses interventions peuvent être perçues comme éléments d’une seule et même œuvre se construisant et se développant à l’infini :
« Mon projet n’est jamais achevé, il se prolonge indéfiniment. C’est de l’action pure »
Les notions de respect et de dialogue qui caractérisent son travail se retrouvent également dans son processus de création. L’artiste les met en pratique avec les personnes dont il s’entoure pour réaliser ses interventions. La création d’une communauté avec laquelle il partage la recherche et l’effort du travail anime et fonde chacun de ses projets. Son travail peut donc être qualifié « d’Art participatif » :
« Je travaille toujours avec beaucoup de gens à cause de l’échelle des projets, et c’est toujours intéressant pour moi de les voir agir pour m’aider à les mener à bien. Ils ont constamment de nouvelles idées pour modifier le projet, et je suis à l’affût précisément de ces moment-là ; je reste ouvert à toutes leurs suggestions : sur la façon de procéder, de coopérer, de construire le projet. Pour moi c’est une méthode très efficace, il m’arrive même de partir de leurs idées pour définir la structure. »

Les matériaux

Ses œuvres sont généralement réalisées en bois, son matériau de prédilection, parfois avec des matériaux de récupération issus de l’environnement immédiat. L’artiste sculpte l’architecture, l’espace urbain, l’environnement, avec des matériaux pauvres et éphémères ; bois de charpente, cartons, journaux, cagettes usagées.
L’artiste choisit un élément (chaise, planche de bois) qui devient le module de base d’une immense construction. A la chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière en 1997, le Passage des chaises forme une élévation de chaises et bancs d’église, une spirale qui s’élance vers la coupole de la chapelle.
Ces éléments ainsi multipliés et assemblés, forment des volumes étonnants et surdimensionnés en dialogue avec les lieux investis.

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