VIDEO VINTAGE, Christine Van Assche


Video Vintage est un livre tiré de l'exposition « Video Vintage » qui retrace la trajectoire de l'art vidéo de 1963 à 1983. Elle dévoile toute une sélection de vidéos fondatrices de la collection Nouveaux Médias du Centre Pompidou, où 20 années d'art vidéo sont dépeintes à travers des œuvres pionnières d'artistes internationalement reconnus. Vidéo Vintage raconte l'histoire factuelle de l'art vidéo, qui est aussi celle des premières décennies de l'art contemporain. Le livre présente 52 artistes issus de différentes cultures : entre 1960 et 1970, l'Amérique du Sud, les États-Unis, le Canada, l'Europe et le Japon sont touchés par le phénomène artistique. .

L'art contemporain bouscule ses propres limites : peu à peu, l’œuvre d'art voit ses supports changer, se dématérialiser. C'est dans ce contexte de renouvellement que les techniques de l'audiovisuel entrent en scène. Le format vidéo sort des salles de cinéma et trouve sa place dans les musées. L'image prend une toute autre dimension. Le musée a véritablement contribué à l'histoire de la vidéo.

Durant deux décennies, des artistes ont expérimenté la bande vidéo : via la performance, l'auto-filmage ou le travail des différentes couches analogique, en jouant avec le montage, le mixage. La vidéo est utilisée d'abord par des artistes minimalistes et conceptuels, pour exprimer des idées, des positions politiques ou des critiques des médias et de la communication.


Performance et Auto-filmage


Dans les années 60 et 70s, des artistes acquièrent le Portapack, qui regroupe la première caméra et le magnétophone portable. Ils vont filmer leur performance, la rue, des lieux divers. Certains vont commencer à se filmer eux-mêmes dans leurs ateliers d'artistes ou dans des espaces publiques.
Name June Paik, dans Button Happening, se film en gros plan, centrant la caméra sur un bouton de sa veste : cette bande est considérée comme la première œuvre vidéo. En France, en plein Mai 68, des artistes réalisent des œuvres vidéos politiquement et socialement engagées, tout en gardant un aspect artistique. En Autriche, au même moment, des artistes comme Valie Export se filment eux-même, faisant des performances.
La caméra dénonce. Elle va s’avérer utile dans bien des domaines: Nil Yalter, artiste turque ayant immigré en France, a filmé des familles d’immigrés dans leur quotidien. A la même époque, en Autriche, au Brésil, des artistes recourent à la vidéo dans leurs réalisations, parfois en véritable outil de résistance. En France, Jean-Luc Godard est convaincu du lien existant entre cinéma et vidéo, celle-ci permettant selon lui d’aborder le cinéma et la vidéo d’une autre manière.


La télévision: recherches, expérimentations, critiques


La télévision constitue un champ essentiel de l'histoire de la vidéo. En effet, certaines chaînes de télévisions, équipées de tout un matériel vidéo, recherche des réalisation inédites et de nouvelles esthétiques, pour alimenter les programmes dont la diversité s'accroît.

En France, l'ORTF invite des réalisateur et des artistes à tuiliser les premiers équipements de tournage et de montage. Ainsi, Jean-Christophe Averty réalise un certain nombre de vidéos novatrices, diffusée à la télévision : Ubu Roi, les mariés de la tour Eiffel. Jean Luc Godard fut un personnage important de l'art vidéo en France, avec des œuvres réalisés pour des commandes de France 3. Selon lui, art vidéo et cinéma sont liés : la vidéo permettant d'aborder le cinéma d'une autre manière. Un autre artiste majeur: Jean-Christophe Averty réalise, parmi des réalisations plus classiques, un certain nombre d’œuvres vidéo esthétiquement novatrice, tel qu’Ubu Roi (1965: cf photo), Les Mariés de la tour Eiffel (1973), Le Surmâle (1980), œuvres diffusées à l’antenne (et encore disponibles sur Youtube et sur l’INA).

D'autres expériences semblables ont lieu partout en Europe. Aux Etats-Unis, le laboratoire de la chaîne WGBH à Boston est le plus important. Ils invitent des artistes ultra-reconnus à expérimenter de nouvelles formes artistiques: Nam June Paik, Otto Piene, Douglas Davis ou encore William Wegman sont sollicités pour créer de nouvelles formes artistiques vidéo dans une série télévisuelle intitulée The Medium is The Medium (1969).
C’est dans ce contexte que Nam June Paik explore la matière analogique du signal vidéo et de la bande magnétique et réalise des œuvres majeures, telles que Global Groove (1973 : cf photo) et Guadalcanal Requiem, dont l’esthétique est fondée sur des effets spéciaux. La télévision représente à l’époque pour Paik une utopie : un village global. A New York, c’est la chaîne publique WNET qui invite des cinéastes comme Ed Emshwiller et Stan Van Der Beek, Woody et Stena Vasulka, et Bill Etra, inventeur d’un synthétiseur vidéo.
De beaux projets voient le jour : le producteur Gerry Schum ouvre en 1969 une galerie télévisuelle à Berlin. Il veut utiliser la télévision à des fins artistiques et rendre ainsi l'art accessible à tous, en concevant une exposition conçue pour la télévision
La question du spectateur est aussi centrale dans un grand nombre d'oeuvre. Valie Export, Bill Viola, se sont intéressés à ce spectateur anonyme, situé hors champs. Néanmoins, très rapidement, les artistes prennent conscience des limites de la télévision et adoptent une position critique vis-à-vis de ce moyen de communication.

Enfin, le parti-pris de l'exposition « Video Vintage » est de donner au spectateur la possibilité de revenir aux conditions de visionnages des années 60's, 70's. Les bandes étaient diffusées sur des magnétoscopes, sans possibilité pour le spectateur d'arrêter l'image ou de l'accélérer.