Woody & Steina Vasulka

Woody et Steina Vasulka


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Woody Vasulka est né en 1937 sous le nom de Bohuslav Peter Vasulka à Brno en Tchécoslovaquie. Il étudie à l’Ecole d’ingénierie de Brno où il est diplômé 1956. Puis il s'intéresse au cinéma à l’Académie des Beaux Arts de Prague où il est diplômé en 1964.
Quant à Steina Vasulka, elle est née à Reykjavík en Islande en 1940. Très jeune, elle étudie le violon, le solfège et la musicologie, et obtient en 1959 une bourse du ministère de la culture tchécoslovaque pour fréquenter le conservatoire de Prague. En 1964, elle rejoint l’Orchestre symphonique islandais. C'est en 1962, à Prague, qu'elle rencontre Woody Vasulka, elle l'épousera en 1964. Tous les deux s’installent ensuite à New York en 1965, et arrivent à la même période que Paik aux États-Unis.
Pendant les années suivantes, Woody travaille comme monteur avec Francis Thompson, comme concepteur d'expositions ainsi que comme conseiller technique. Quant à elle, Steina travaille comme musicienne indépendante.
Dès 1969, le couple utilise la vidéo. Au cours de cette même année, ils procèdent à leurs premières expériences, réalisent de nouveaux essais visuels et fabriquent des machines qui permettent de sonder le processus de création de l’image électronique depuis le synthétiseur vidéo, et qui sont capables de produire des images abstraites, jusqu’au système numérique.
En 1971, avec Andres Mannik, ils fondent The Kitchen, un lieu dédié aux médias électroniques, à la vidéo, au cinéma, à la musique et aux performances. The Kitchen a énormément compté sur la scène alternative New yorkaise. La même année, Steina et Woody ont crée le festival annuel de vidéo « D’abord à la cuisine » et ont collaboré avec David Bienstock sur l’organisation d’un spécial Videotape qui est à voir au Withney Museum.

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. The Kitchen
Ils explorent tous deux la nature électronique de la vidéo et du son, tout en réalisant plusieurs documentaires sur le milieu avant-gardiste de New York, ainsi que sur le théâtre, la danse et la musique. Le tout avec, avec une fascination particulière pour le métro de New York. Selon Steina, ils se sont intéressés à « certains aspects décadents de l’Amérique, les phénomènes de l’underground rock-and-roll, le théâtre homosexuel, et le reste de la culture illégitime ».
Deux ans après la fondation de The Kitchen, les Vasulka l'abandonnent, voulant devenir propriétaires de leurs moyens de production (caméras, machines). Woody Vasulka a toujours considéré qu'un artiste vidéo doit disposer librement de ses propres machines, afin de les connaître et d'en avoir une véritable pratique intéressante et innovante.
Dès 1973, le couple s'installe à Buffalo (état de New York) pour y enseigner au Center for Media Study de la State University of New York. Woody y sera professeur de 1973 à 1979, faisant en parallèle de cela une enquête sur les signaux électroniques. En 1976 il entre en collaboration afin de travailler sur un système numérique qui offre un autre modèle de production d’images, basé sur la logique mathématique. Ce travail aboutit à la mise au point de l’Articulateur d’Images Numériques. Ce système permet de combiner en temps réel, de manière différente et prévisible, des images vidéo. Ces combinaisons révèlent la structure interne du système et constituent selon Woody une « syntaxe ». Les machines qu'il a modifiées ou construites sont nombreuses, mais le Digital Image Articulator occupe une place centrale dans son travail. De même que la mise au point d'un logiciel de production d'image connu sous le nom de Syntax of Binary Images, qui l'occupe principalement jusqu'à la fin des années 70.
Dès 1975, Steina quant à elle, oriente son travail autour du concept de Machine Vision, qui désigne la recherche constante d'une perception de l'espace par les machines, perception qui échappe aux conditionnements de la vision humaine. Elle utilise alors des machines complexes qu'elle construit elle-même, qui impriment des rotations, tout en incluant des miroirs parfois sphériques, des moniteurs de contrôle en circuit fermé, et plusieurs artifices optiques tels que des objectifs fish-eyes ou des prismes.


Dès 1980, les Vasulka vivent à Santa Fe (Nouveau Mexique-USA). Woody y produit deux œuvres majeures : The Commission (1983) et Art of Memory (1987). Ces deux réalisations intègrent le travail digital des images dans un projet narratif complexe. En 1980, la narration devient l’objet de réflexion des deux artistes. The Commission (1983), première œuvre narrative, est une métaphore de la production artistique à travers des épisodes de la vie de Paganini et de Berlioz.
Stein concentre son travail sur les paysages du désert américain, et y produit une de ses premières grandes installations : The West en 1983. Elle dit avoir résisté d'abord à la séduction des paysages du Nouveau-Mexique, mais bien vite elle accepte l'idée que "les paysages du sud-ouest allaient être son matériel iconique". Au milieu des années 80, elle élargit sa recherche sur les paysages dans une série d'installations multi-écrans.
En 1992, les Vasulka organisent Eigenwelt der Welt-Apparate : évènement pionniers de l’art électronique. Ceci leur a permis d'être artistes en résidence national pour des expériences télévisées. Cette même année, Steina reçoit le Maya Deren Award de l'American Film Institute. En 1995, elle sera la lauréate du Prix Siemens Media Art.
Dès le début des années 90, le travail de Woody s'oriente davantage vers les installations et le thème de l’environnement, avec des pièces comme Theater of Hybrid Automata (1990) et The Brotherhood (1994-96). Il est très fidèle à sa démarche initiale, qui a toujours été celle d'un poseur de jalons. Theater of Hybrid Automata créé des espaces virtuels qui semblent dans un premier temps correspondre aux normes d'une géométrie simple (un cube dans un cube), mais la multiplication des imbrications, et le fractionnement des images sur de nombreux écrans écartent radicalement cette œuvre de la structure de la camera obscura. Le spectateur est partie prenante de l'œuvre, puisque l'installation comprend une caméra qui filme en temps réel, mais le travail sur l'image est poussé si loin que tout effet de mimétisme est impossible. Woody se décrit comme un "philosophe pratique", un facteur de machines ; celles-ci n'ont jamais été sa raison d'être, mais elles sont de puissantes sources d'inspiration artistique.



Œuvres


1) Quelques œuvres réalisées en commun :

- Participation 1969 (1h, son, noir et blanc)
Peu de temps après leur arrivé aux Etats-Unis, les Vasulka ont fait l’acquisition du premier Portapak de Sony qui fut crée en 1965. Ils commenceront alors à réaliser des documentaires de la ville de New York; leur intérêt se tournant vers « une certaine décadence de l’Amérique » c’est-à-dire toutes les formes de contre-culture. Cette œuvre, composée en 1969 est constituée d’un enchainement de séquences différentes, concert de rock, pièce de théâtre de rue, soirée homosexuel … Quoi qu’il en soit, pour les auteurs c’est l’expérience qui a plus de valeur que le résultat, les images doivent rendre compte d’un processus créatif. Les Vasulka commencent à attacher une importance à l’exploration du medium, à la compréhension des mécanismes de fabrication d’une image, aux modifications et à la création de formes nouvelles.
Lien vers la vidéo de Participation

- Evolution 1971 (16’, son, noir et blanc)
Cette oeuvre est une bande à partir de l’échelle de l’évolution humaine qui représente une généalogie des transformations vécues par l'espèce humaine. Ils ont réussis à créer un mouvement de glissement horizontal de l’image. En modifiant la vitesse du signal vidéo, l’image parait s’échapper du cadre. Ceci donne l’impression que cette échelle de l’évolution remonte le temps.Cette bande a pour principal intérêt la mise à nu d’une spécificité forte de l’image vidéo, par rapport à ses précurseurs, tel que le cinéma et la photographie, à savoir l’inexistence du cadre.

- Golden voyage (28’, son, couleur)
Golden Voyage est une bande de 28 minutes, réalisée en couleur, inspirée de la toile « La Légende dorée » de Magritte. Comme dans une majorité de leurs travaux des années 70, les Vasulka mettent en image une recherche sur le fonctionnement de la vidéo. Ils cherchent à rendre visible le flux électronique, base de la vidéo et qui la différencie du cinéma. Cette bande est le résultat de trois sources d’images différentes, une caméra filme le paysage, une seconde et tournée vers le cadre mobile dans lequel se trouve l’image du paysage, et une troisième filme les objets. Ces trois sources d’images sont intégrées en un seul flux horizontal ce qui donne un aspect surréaliste à cette œuvre, elle donne l’impression que les objets glissent à travers le paysage.
Lien vers la vidéo de Golden Voyage



2) Quelques œuvres de Woody

- Reminiscence, 1974 (5’, son, noir et blanc)
Woody Vasulka réalise cette bande dans une ferme en Moravie ou il avait vécu étant enfant. Ces images sont filmées grâce à un Portapak de Sony et sont ensuite modifiées à l’aide d’un Scan Processor Rutt-Etra qui permet de modifier la logique spatiale. Leur couleur grise ne permet d’identifier que des silhouettes humaines, des animaux. Le fonctionnement de l’œuvre de Woody mime celui de la mémoire, qui transforme le passé pour lui donner du sens. Cette bande occupe Woody Vasulka de manière très récurrente autour du problème de la fuite du temps et du travail de la mémoire.
Lien vers le court-métrage de Reminiscence

- The commission, 1983 (45’, son, couleur)
The Commission est une bande narrative, un opéra vidéo, déterminée par une stratégie de déconstruction de la narration classique. Cette bande est divisée en onze segments, dans lesquels un effet particulier différent pour chaque segment est utilisé. On passe rapidement de l’image d’un des protagonistes à l’image de l’autre. Puis les images passées au scan processor de l’embaumement du cadavre de Paganini ont une qualité morbide que le spectateur ne pourra plus jamais oublier. Contrairement aux bandes des années 70, The Commission est une œuvre charnière dans l’évolution de Woody Vasulka, elle lui permet de trouver le moyen d’élargir son propos bien au delà des expérimentations qui ont précédé.

- Art of Memory 1987 (36’, PAL, son, couleur)
Avec cette bande, Woody semble avoir atteint le sommet de l’élaboration de son propre langage visuel. Il fait de l’électronique sa matière, inventant une nouvelle forme d’image, tant au plan esthétique qu’au plan structurel. Le travail de Woody consiste à savoir comment les images du monde peuvent garder le poids d’une trace, d’une mémoire.
Cette bande est composée de plusieurs chapitres qui traitent de moment de l’Histoire grâce à des images et des scènes reconstituées. Les chapitres sont séparés par des images en coupe en constante métamorphose. Art of Memory ne fige pas le souvenir dans une forme fixe, il invente un type nouveau d’images englobant et transformant toujours tout.
Lien vers la vidéo de Art of Memory


3) Quelques œuvres de Steina

- Orbital obsessions 1975 (28’, son, noir et blanc)
Steina a débuté ce projet dès le milieu des années 70, elle le baptisa Machine Vision. Elle souhaitait découvrir les moyens de produire des machines capables d’avoir une vision propre, qui ne serait pas dérivée des particularités de la vision humaine. Steina construit des systèmes grâce auxquels la caméra était programmée, et donc devenait autonome dans son fonctionnement. Orbital obsessions est une succession d’expériences pour arriver à une image rotative suffisamment complexe pour thématiser la problématique de la vision des machines. Grâce à ces expériences, Steina cerne de toutes les manières possibles les effets de la vidéo en circuit fermé et en temps réel.
Lien vers la vidéo de Orbital obsessions

- Violin power (10’, son, noir et blanc)
http://www.dailymotion.com/video/x7rb4w_steina-violin-power-1978_creation
Violin power est une bande de dix minutes qui présente plusieurs plans successifs de Steina jouant du violon dans des positions et des angles de vue différents. C'est une bande intelligente et efficace qui réussit le pari de ne pas illustrer la musique, mais de produire des images aussi abstraites et fascinantes que la musique.

- Bad 1979 (2’, son, couleur)
Bad est une bande mettant en scène deux visages de profil sur un fond bleu. Cet essai visuel et sonore démontre la virtuosité des Vasulka dans la production d’images traitées électroniquement. C’est un clip avant l’heure, dans lequel une mélodie électronique gère la multiplication, le fractionnement et les manipulations de l’image. Le rythme de la mélodie entraine un enchainement d’effets d’images en lignes, en blocs, en mosaïques, où les visages sont méconnaissables, devenus des signaux lumineux dans une sorte de toile de fond électronique.
Lien vers la vidéo de Bad


Source

[http://www.newmedia-art.org
http://www.fondation-langlois.org
http://www.vasulka.org :]