David Nash

David Nash est un sculpteur britannique né le 14 novembre 1945 à Esher dans le comté de Surrey en Angleterre. En 1967, à la fin de ses études au Kingston College, il décide de s’éloigner du milieu urbain et s’installe au Pays de Galles à Blaenau Ffestiniog pour des raisons financières mais très vite cette proximité avec la nature va bouleverser son oeuvre.

Il parvient à intégrer en 1969, l’une des plus prestigieuses écoles d’art au monde : la Chelsea School of Art. Nash fait partie de ceux pour qui l’art et la nature sont indissociables.

Il a un jour déclaré s’être inspiré de la maxime bouddhique qui dit qu’il est préférable de collaborer avec la nature que de chercher à la dominer. Son travail est lié à la forêt et à l’infini de possibilité qu’elle peut offrir à l’artiste. Il est considéré comme un de ceux qui a réussi à sublimer la nature, à se l’approprier et à lui donner un sens.

La Nature et le Bois

David Nash est surtout connu pour ses grandes sculptures en bois, son matériau de prédilection. Le bois est en effet l’élément principal et indispensable de ses créations et l’a conduit à créer un vocabulaire spécifique et très personnel.
Lors de ses premières années passés au Pays de Galles, Nash commence à travailler le bois. Il va ainsi rentrer en contact avec le mode de travail des paysans. D’abord il les observe afin d’apprendre les différentes techniques pour les reproduire dans son propre travail artistique. Il tient compte des spécificités de chaque type d’arbre ainsi que de la méthode de travail qui leur convient. L’artiste se soucie de l’arbre comme d’un être vivant, essaie de comprendre comment il grandit et comment l’action de l’homme peut intervenir pour l’orienter et lui donner la forme souhaitée.

Tree Sculptures, Kew Gardens, London
Photo de Christine Matthews

Nash retourne tout d’abord à un langage primitif en donnant au bois des formes simples d’une grande force expressive. Cette utilisation des techniques traditionnelles et ce rejet de tout les matériaux moderne, comme pour revenir à ce que l’art a de plus pure, font que l’oeuvre de Nash est la communion même de l’homme primitif et de la nature. C’est un lien spirituel profond qui anime cette relation.
Sa maitrise du matériau et de ces techniques va évoluer et se fixer tout au long des décennies.

Sculpture en bois

Les Echelles

Le motif de l’échelle est décliné par Nash dans des dimensions, typologies et matériaux variés, regroupant deux aspects : architectonique et formel. « Willow Ladder » (Cumbria, Angleterre, 1978) est une mince échelle composée à partir de branches vivantes ; elle exprime un geste minimaliste de la part de Nash dont l’œuvre s’est parfaitement intégrée dans le terrain. Sa démarche est de prolonger la croissance naturelle de l’arbre. Pour ce faire, il retranscrit les formes rencontrées dans la nature jusqu’à nous faire croire que cette pièce était toujours là. Cela lui donne la possibilité de produire une riche diversité d’échelles où la forme, dans ses variations, réussit à la fois à comprendre l’espace de l’œuvre et l’espace où elle se situe. Par contre, à partir du même motif, « Big Ladder » (Mizunara, Kotoku, Japon, 1984) est construite à partir d’un grand tronc qui se prolonge en hauteur, apparaissant au milieu d’un espace où elle acquiert la place principale comme un monument. C’est une pièce d’une forte présence visuelle dont la forme s’enrichit des imperfections formelles pour aboutir à une abstraction de son travail. Voilà ici comment Nash envisage la question de l’espace montré et acquis à la nature à partir d’un geste minimal. Ces exemples organisent à la fois l’espace et la vision de l’œuvre en rapport.

Les Cheminées

La cheminée témoigne de la méthode de son travail. Il démontre l’adaptation totale à la géographie et à la culture où s’installent les œuvres. « Sticks and Clay Stove » (Biesbos, Hollande, 1981) : au milieu de la forêt apparaît une cheminée mise en œuvre à partir d’un gros tronc ou de petits troncs alignés. Au Japon il expérimente sur une esplanade enneigée « Snow Stove » (1982) ou en Angleterre en bord de mer « Sea Hearth » (Southampton, 1981). Ces cheminées mises en œuvre transcendent le rôle utilitaire du bois au feu. En tant qu’outil, le feu est capable de transformer la texture du matériau ainsi que de faire varier l’état des éléments. Ainsi, l’œuvre se tient à partir de ce processus en marche et le feu montre sa force destructive ainsi que sa capacité régénératrice.

Les Travaux Vivants : le « Ash Dome »

L’oeuvre la plus célèbre de Nash est le Ash Dome (Dôme de frênes) qu’il a conçu en 1977. Cette création vivante est une coupole naturelle à base de frène qui possède un diamètre de 60 mètres. Elle est pour l’artiste un de ses travaux dont il est le plus fier. De plus, il ne s’en lasse pas car à mesure que les arbres grandissent Nash modèle la forme dans laquelle poussent les branches.

Le sculpteur, cet architecte de la nature, contrôle l’évolution du « Ash Dome » depuis sa réalisation. D’ailleurs, plusieurs photographies témoignent de ces différentes vies. L’artiste s’est complètement introduit dans le cycle de la nature en intégrant les déchets de la mort ainsi que le processus vital. Il propose une œuvre infinie dans la mesure où elle varie constamment tout au long des saisons.

« Ash Dome a été conçu au milieu des années 70 comme un acte de foi dans le futur, comme une sculpture pour le XXIe siècle. Les haies me paraissent un bon exemple. En les étudiant, je me suis aperçu qu’elles étaient les plus malléables à la déformation et facile à éloigner de leurs propres racines. Vingt-deux jeunes frênes ont été plantés sur le périmètre d’un cercle de neuf mètres de diamètre sur un terrain plat de la vallée de Flestiniog, dans le nord du pays de Galles, dans le but de créer une coupole végétale. A présent je dirige la croissance des arbres à la manière des anciens potiers chinois qui, l’esprit concentré sur le volume de vide invisible à l’intérieur du vase, modelait l’argile autour de la forme de cet espace. Le fait que la marine britannique ait planté des chênes au XIXe siècle pour pouvoir construire une nouvelle flotte à la fin du XXe siècle m’a été aussi source d’inspiration. Mais les chèvres ont dévoré le premier anneau d’arbres et j’ai dû en planter un deuxième. Cette fois, je l’ai protégé par une palissade aussi contre les lapins qui voulaient grignoter l’écorce. J’ai également planté des bouleaux pour qu’ils abritent les frênes du vent et contribuent à stimuler leur croissance. »

David Nash

Pour certains, cette oeuvre porte en elle un vrai message. En effet, en premier lieu le terme « Ash Dome » désigne une installation militaire, une coupole d’observatoire. C’est dans les 70’s, décennie de la contre-culture, du mouvement hippie et des fantômes de la guerre du Vietnam que Nash met en place son projet. En baptisant son oeuvre « Ash Dome », le sculpteur délivre un message de paix, anti-militariste où la nature doit reprendre ses droits sur la folie humaine car cette dernière lui survivra. Il applique ce que nous disait Blaise Pascal en substance : face à la nature l’homme n’est qu’un roseau.

Distinctions

En 1999, il devient membre de la British Royal Academy of Fine Arts la grande institution artistique britannique fondée en 1768 et située à Londres.
En 2004, il reçoit l’Ordre de l’Empire Britannique, l’équivalent de la Légion d’Honneur aux Royaume-Uni.

Citations

« David Nash est le seul sculpteur que je connaisse qui cultive ses sculptures. Il choisit les essences dont il aura besoin : chêne, bouleau, aulne, tulipier. Il les plante sur un coteau qu’il a acquis de l’autre côté du village. Il les laisse se développer (‘). Le moment venu, il modifie leur forme, générant une courbe là, un coude ici, en attachant le jeune arbre avec d’infinies précautions. (‘) De la génération minimaliste qui a précédé la sienne, David Nash a retenu le goût des formes simples et le rejet de l’ornement au bénéfice d’un travail subtil des proportions. Triangle, cercle, carré ou cône, sphère et cube dont il fit un grand usage en deux ou trois dimensions, formes qui proviennent aussi bien de Sol LeWitt que de Sengaï. Ce que David Nash n’a pas retenu de la leçon minimaliste, c’est l’aspect de finition industrielle gommant toute apparence de travail manuel. »

Jean Frémont

«David Nash est un des plus importants sculpteurs britanniques. Depuis plus de trente ans, il a exploré l’essence même des arbres? leur matière, leur culture, leur symbolique ? et leur environnement. L’intelligence du temps et de l’espace fait partie de son art tout comme sa détermination à réaliser des œuvres qui évoquent des lieux particuliers. (‘)Dans les années 80, Nash a commencé à utiliser fréquemment le feu pour sa sculpture; il s’est alors aperçu qu’il transformait le végétal du bois en minéral, le charbon. Il avait le sentiment que cette transformation lui permettait de voir plus clairement la forme de ses sculptures, la matière du bois n’étant plus alors prédominante. Les connotations symboliques entre le bois et le feu abondaient : le bois brûle pour créer de la chaleur et de la lumière, mais le noir intense produit par le processus de carbonisation peut aussi symboliser la mort? »

Amanda Farr

Quelques œuvres de David Nash

Apple Ladder, 1984
‘Seventy One Steps’, mène au Oxley Bank à Bretton Hall.
Photo de Dave Pickersgill.

Galerie

Bibliographie

  • David Nash, Forms into time – Academy Editions, 1996.
  • Julian Andrews, The sculpture of David Nash – The Henry Moore Foundation in association with Lund Humphries Publishers, London 1996.
  • David Nash, Twmps & Eggs, Repères n° 127, Galerie Lelong 2004.
  • Article Wikipedia sur David Nash.