Pina Bausch

Pina Bausch est une danseuse et chorégraphe allemande reconnue internationalement. Elle est née en 1940 à Sollingen et morte en 2009 à Wuppertal suite à un cancer foudroyant.

Pina Bausch et le Septième Art

Artiste multifacette, Pina bausch a à plusieurs reprises travaillé et allié son art de la danse à celui du cinéma. 

Et vogue le navire…, 1983

Elle fait ses premiers pas au cinéma en faisant collaboration avec le grand Frederico Fellini.

Synopsis du film : Juillet 1914 au sein du port de Naples. Peu avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale, Un paquebot de luxe, le Gloria N , accueille à son bord l’élite du pays, pour aller disperser au large de l’île d’Erimo les cendres de la grande et adulée diva Edmée Tetua. Au cours du voyage, le navire croise la route d’un bateau à la dérive.

Il y récupèrent des Serbes qui cherchent à trouver refuge après l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand. Ils sont accueillis à bord du paquebot. Mais un vaisseau de guerre austro-hongrois naviguant aux alentours s’avère très menaçant. Le voyage, jusqu’à présent sans histoires, va prendre un tournant tragique à mesure qu’on aborde l’île.

Comme beaucoup de ses réalisations, Fellini avec “Et vogue le navire”, parle profondément de cinéma, mais ici l’évocation se fait plus morose et nostalgique. Le film débute par un prologue mettant en scène l’embarquement des passagers ; avec comme seul son le bruit d’une pellicule tournant dans un projecteur, il est filmé en noir et blanc et sépia ainsi que sur une cadence d’images accélérée comme pour rappeler le cinéma des origines, en particulier le burlesque et son pantomime. C’est petit à petit , alors que la caméra s’élève sur un gigantesque escalier, que la couleur fait son apparition. L’une des dernières séquences du film montrera un jeune passager éploré se projetant une bobine mettant en scène la diva disparue, alors qu’il a les pieds dans l’eau pendant que le paquebot coule. Entre ces deux séquences, se déroule donc le film, un voyage étrange racontant la fin d’un monde avec ses personnages grotesques approchant le ridicule et enfermés dans leur art vieillissant et leurs coutumes surannées – les longues séquences, parfois artificiellement étirées, dans le restaurant sont l’occasion pour le réalisateur de nos offrir une galerie de portraits particulièrement savoureux.

La plainte de l’imperatrice, 1991 

Un essai de la célèbre chorégraphe en forme de méditation sur les questions de l’articulation du mouvement du corps, des images et du sol.

Realisé par Pina Bausch elle même, le tournage commence en 1987, au moment où l’artiste est à l’apogée de sa gloire, elle a brisé les codes conventionnels de la danse et forge son style bien à elle. Selon Pina, Filmer, s’engager dans le cinéma permet de transporter cet art du corps, ailleurs, dans la nature, à l’extérieur. 
Il s’agit de la seule oeuvre qu’elle réalisera, et qui marquera un tournant dans sa carrière. On parlera d’un avant et après le film.

Le livre «  Comme une épine dans l’oeil » réunit des textes et témoignages de grands artistes tels que Fellini ou Pedro Almodovar à l’égard du film et de Pina. 

Le titre du film paraît biblique, un peu provocant. Une femme, des femmes, un homme, des hommes. Qui ne sont peut-être qu?un et se manifestant sous plusieurs apparences. Des enfants aussi et, bien sûr, des passions. La danse en fait partie. Autant de marques pour jalonner le parcours. Justement, un parcours peu habituel à l’intérieur de la ville et dans les paysages autour de Wuppertal, où la chorégraphe habita et travailla pendant presque quarante ans.

Un portrait ne raconte pas une histoire. On peut seulement deviner la biographie de celui ou de celle qui est portraituré. Même quand il s?étale dans le temps ? ce qui est ici le cas ?, une histoire se dégage à peine. Au lieu de cela le film creuse dans la profondeur des sensations, des atmosphères jamais vues et entendues.

C’est aussi un film sur les saisons. Les feuilles en automne. La neige en hiver. L’herbe au printemps. Sur des arbres qui portent des numéros. Sur des eaux vives et des fruits étranges. Il y a un désir criant dans ce film, le besoin d’être aimé, la peur de la fin.

Parle avec elle 2002 Almodovar

Lors d’un spectacle de Pina Bausch, Benigno, infirmier, remarque les larmes de son voisin, Marco, un écrivain d’une quarantaine d’années. Il aimerait pouvoir lui faire part de son émotion mais il n’ose pas. Plusieurs mois plus tard, le destin les fait se rencontrer à la clinique el Bosque, la clinique où travaille Benigno. Lydia, la petite amie de Marco, torero professionnel, est dans le coma, après un accident pendant une corrida. Benigno s’occupe, quant à lui, d’une jeune danseuse, elle aussi dans le coma, Alicia. Les deux hommes deviennent très vite amis

«  Dans « tout sur ma mère », il y avait un poster de Pina dans « Café Müller », accroché sur un mur de la chambre du films de Cecilia Roth. Je ne savais pas alors, que cette chorégraphie serait le prologue de mon prochain film. A l’époque je voulais seulement offrir un hommage à la chorégraphe allemande ».
P.Almodovar 

Les rêves dansants, sur les pas de Pina Bausch 2010 : Rainer Hoffmann, Anne Linsel 

En 2008, Pina Bausch, quelques mois avant sa mort, décide de reprendre son fameux spectacle Kontakhof, non plus avec sa troupe, mais avec des adolescents de 14 à 18ans qui ne sont jamais montés sur une scène et n’ont jamais dansé. Ce documentaire est leur histoire…

Les Inrocks: Mais, plus que cela, à travers la thématique centrale de Kontakthof, “un lieu où l’on se rencontre pour créer des contacts”, disait Pina Bausch, le film expose avec une rare délicatesse une galerie de portraits d’adolescents qui nous parlent à la fois de leur génération et, à travers leur histoire personnelle, de l’état du monde.
Il y a ce Rom qui raconte : “C’est difficile de dire d’où je viens. Je suis né en Bosnie et je suis un tzigane musulman? ; cette jeune fille d?origine kosovare qui parle de l’émigration de sa famille en Allemagne à la suite de la mort de son grand-père, brûlé par les Serbes en 1993, ou cette autre adolescente, qui joue l?un des rôles principaux, la femme en rose, et a du mal à se détendre. Elle finit par confier à la caméra la mort de son père dans une explosion de gaz trois ans plus tôt, “la fin d’une famille parfaite”, et l’occasion que constitue pour elle ce projet de se confronter à ses sentiments et de faire des rencontres.

«Longtemps, j’ai pensé que le rôle de l’artiste était de secouer le public. Aujourd’hui, je veux lui offrir sur scène ce que le monde, devenu trop dur, ne lui donne plus : des moments d’amour pur.»

Pina Bausch

Le film se termine le soir de la première et l’on y voit dernières images de la chorégraphe disparue en 2009, Pina Bausch monter sur le plateau et donner à chacun une rose et un baiser. Poignant et magnifique

Pina, Wim Wenders, 2011

Ce documentaire revient de loin : la mort brutale de Pina Bausch, en juin 2009, a d’abord arrêté la production du documentaire. Fidèle au désir de la chorégraphe qui souhaitait voir ses pièces continuer à exister, Wim Wenders s’est finalement décidé à le tourner. Il filme donc « Café Müller » et « Vollmond », corps entravés, mouvements répétés. Saisit les brèves paroles en voix off d’une troupe dont Pina Bausch semblait être le gourou et, conformément au désir de la danseuse, s’abstient de livrer dates ou commentaires. Bien servi par une 3D jusque-là réservée aux films d’animation et aux blockbusters, il appréhende l’espace en lui insufflant une profondeur unique. « Pina » recèle donc de purs fragments poétiques, sublimes au sens étymologique du terme : violence, entravement, désespoir existentiel. On en retient d’abord les vapeurs spirituelles – nouvel obs

“Ce n’est pas la manière dont les gens bougent qui m’intéresse mais ce qui les fait bouger.”

Pina Bausch

Wim Wenders et Pina Bausch avaient eu pour projet de faire un film. Mais Pina ne parvint pas à trouver une forme filmique qui convienne à sa danse. Le projet n’a pas été réalisé. Après la mort de la chorégraphe, Wim Wenders décide de reprendre l’idée et réalise « Pina », avec la participation des danseurs de sa troupe. Sa décision est prise lorsqu’il voit Avatar et découvre la technique de la 3D. Sans aucun doute pour Wenders, c’est le moyen rêvé pour filmer le plus fidèlement possible la danse de Pina.

Pierre Eugène a écrit sur le film le suivante: «Ce film est traversé de beaux moments, et qui ne tiennent pas tous uniquement à Pina Bausch : les mises en scènes de danseurs seuls sont parfois d’une grande beauté, et l’idée de filmer à l’extérieur est aussi très intéressante». Serge Kaganski, également, pense que «le grand mérite du cinéaste est d’avoir su s’effacer (pas complètement, on y reviendra) derrière son sujet. Pina est essentiellement constitué de larges extraits de spectacles de la chorégraphe (Le Sacre du printemps, Café Müller, Kontakthof, Vollmond’), envolées de corps, de gestes […] y compris pour un spectateur peu familier des spectacles de danse […] Wenders n’a donc pas pu s’empêcher de vouloir ajouter sa plus-value cinéma au lieu de s’effacer totalement devant la tellurique beauté bauschienne. Mais si l’on peut questionner leur nécessité, la 3D et les sorties extérieures ne gâchent pas non plus le plaisir».

Liens pour aller plus loin

VICENTE, Àlex. Wim Wenders: “Sin el 3D esta película no existiría” [Sans 3D, ce filme n’existerait pas]. Fotogramas, 21 de septembre de 2011 en ligne]: http://www.fotogramas.es/Peliculas/Pina/Wim-Wenders-Sin-el-3D-esta-pelicula-no-existiria (en espagnol). [date de référence: 4 de octobre de 2012].

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