A Shamanic funky night

Musée Guimet

le jeudi 15 octobre 2026 à 20h.

Pour la première fois en France, le groupe sud-coréen Chudahye Chagis vient faire résonner ses chants chamaniques électrifiés. Une « Shamanic funky night » où le rituel ancestral rencontre le funk, le rock, le reggae et le hip-hop.

Après un premier passage à l’Opéra Comédie de Montpellier, la formation emmenée par la chanteuse Chu Dahye se produit ce jeudi 15 octobre à 20h au musée national des arts asiatiques – Guimet, à Paris.

Un rituel électrique venu de Corée

Enraciné dans les traditions les plus anciennes de la péninsule et porté par une énergie résolument contemporaine, Chudahye Chagis déploie un univers sonore singulier, à la croisée du rock, du psychédélisme, du punk et du funk. Le groupe a d’ailleurs forgé sa propre étiquette pour décrire ce mélange : la « psychedelic shamanic funk ».

Au cœur de cette musique, il y a les muga, ces chants sacrés entonnés lors des gut, les rituels chamaniques coréens de guérison, transmis de génération en génération. Chudahye Chagis puise dans les répertoires de plusieurs régions — les provinces de Hwanghae et de Pyeong’an, aujourd’hui en Corée du Nord, et l’île de Jeju au sud — pour les projeter dans un groove contemporain où se croisent funk, rock, reggae, dub, jazz et hip-hop. Certains critiques coréens résument l’équation ainsi : la ferveur des rituels de Jeju rencontre la pulsation du hip-hop né dans le Bronx des années 1970.

Pas question pour autant de faire de la musique « patrimoniale ». Chu Dahye le répète : le groupe ne s’est donné aucune mission de promotion de la tradition. S’il chante les muga, c’est parce que ces chants sont vivants, drôles, réjouissants, et qu’ils portent un message de guérison que le groupe veut faire passer de la manière la plus funky possible. Elle refuse aussi les mots « fusion » ou « crossover » : pour elle, Chudahye Chagis est un genre à part entière.

Chu Dahye, une « fausse chamane » à la voix habitée

Au centre de cette traversée, la voix puissante de Chu Dahye agit comme un passage entre les mondes. Tour à tour incantatoire, vibrante et profondément expressive, elle guide l’auditeur aux frontières du visible et de l’invisible, entre mémoire ancestrale et modernité.

Son parcours n’a rien de linéaire. Adolescente, elle rêvait d’être actrice et s’est mise aux chants populaires pour enrichir son jeu. Ce détour la conduit au département de musique traditionnelle du Seoul Institute of the Arts, où elle se spécialise dans le chant de Seodo, le répertoire vocal du nord-ouest de la Corée. En 2014, elle rejoint SsingSsing, groupe de rock fusion devenu culte, notamment après son passage remarqué au Tiny Desk de la radio américaine NPR. C’est là qu’elle découvre l’alliance entre le son d’un groupe et la musique traditionnelle, et qu’elle décide que sa propre musique se fera avec un groupe.

À partir de 2016, fascinée par la musique des chamanes rencontrés au hasard, elle sillonne le pays pour apprendre auprès d’eux les chants rituels de Hwanghae et de Jeju. Pour les répertoires venus du Nord, inaccessibles, elle doit passer par des sources indirectes. Elle revendique volontiers sa position d’outsider : quatre années seulement d’études formelles, là où d’autres se forment toute leur vie, mais une liberté totale pour transformer les mètres, les rythmes, danser et inventer.

Sur scène, elle se présente parfois avec humour comme une « fausse mudang » — une fausse chamane. Coiffe de plumes, clochette rituelle à la main, elle chante avec tout le corps. Et quand le public reste perplexe, elle prévient en riant : ceux qui repartiront sans avoir reçu leur bénédiction n’auront qu’à s’en prendre à eux-mêmes. Chu Dahye, qui dirige aussi sa propre structure, la Sosuminjok Company, est également comédienne, danseuse et pratique le stand-up.

Quatre musiciens, une seule transe

Formé en 2019, Chudahye Chagis réunit autour de la chanteuse Lee Si-mun à la guitare, Kim Jae-ho à la basse et Kim Da-vin à la batterie. À Séoul, on a dit de Chu Dahye qu’elle avait « raflé les meilleurs musiciens de Hongdae », le quartier de la scène indépendante. Le guitariste a étudié la guitare jazz au Berklee College of Music, aux États-Unis ; le bassiste et le batteur sont formés aux musiques actuelles. Lee Si-mun et Kim Jae-ho jouent également dans le groupe Kim Oki Fucking Madness.

Le nom du groupe a valeur de manifeste : en coréen, « chagi » désigne la part qui revient à chacun, ce que l’on revendique comme sien. Une manière de dire que la musique est collective, et que le public est invité à s’en emparer.

Côté écriture, Chu Dahye signe l’intégralité des textes. Elle puise dans des sources orales et des recueils de muga, puis assemble les mots pour leur saveur et leur histoire. Elle tient à conserver le dialecte de Jeju et des termes archaïques, quitte à les rendre difficiles, pour leur « goût en bouche ». Les musiciens improvisent ensuite autour de ces textes : c’est ainsi que naissent la plupart des morceaux.

Un album de l’année pour des chants chamaniques

Le premier album, Under the Dangsan Tree Tonight (« Ce soir sous l’arbre Dangsan »), paraît en 2020. Dès l’année suivante, le groupe reçoit le prix du meilleur titre R&B/soul aux Korean Music Awards.

Le second, Sosuminjok (« Minorité »), sorti en juin 2025, marque un tournant. En février 2026, il est sacré Album de l’année aux 23e Korean Music Awards, tandis que son titre phare, « Heosse », remporte le prix du meilleur titre R&B/soul. Une consécration d’autant plus significative que les Korean Music Awards, souvent surnommés les « Grammy coréens de la critique », récompensent la valeur artistique plutôt que les ventes : leur jury réunit critiques musicaux, producteurs de radio et universitaires.

Chu Dahye dit avoir été la première surprise : dans le paysage des musiques populaires coréennes, la musique traditionnelle reste très minoritaire, et le chant chamanique plus encore. Elle attribue la maturité du second disque à cinq années de concerts en Corée et à l’étranger, où les musiciens ont appris à se comprendre physiquement, sur scène. Le titre de l’album, Minorité, sonne d’ailleurs comme une revendication : assumer sa place de minorité musicale, sans complexe, et tracer sa propre route.

Pour entrer dans leur univers, la chanteuse conseille elle-même deux morceaux, « Ritual Dance » sur le premier album et « Heosse » sur le second, puis « Jakdu » pour éprouver le groupe dans toute son intensité.

Pochette de l’album Underneath the Dangsan Tree Tonight du groupe sud-coréen de funk chamanique CHUDAHYE CHAGIS (dirigé par la chanteuse Chu Da-hye)

De Séoul au musée Guimet

Le groupe a déjà porté sa transe sur de nombreuses scènes internationales : le Kennedy Center à Washington, l’Esplanade de Singapour ou encore le festival La Mar de Músicas à Carthagène, en Espagne. Sa tournée d’automne 2026 le mène à Montpellier, à Paris puis à Londres, où il est attendu le 17 octobre au K-Music Festival.

Sur scène, le concert se vit comme un rituel en mouvement : une alternance de grooves hypnotiques, d’explosions d’énergie et de silences suspendus, qui efface peu à peu la frontière entre la scène et la salle. S’inspirant des cérémonies gut, Chudahye Chagis en fait des performances envoûtantes, à la fois rituelles et électriques. En revisitant la figure du chamane, le groupe fait résonner une Corée intime, spirituelle et intemporelle, dont les échos vibrent encore aujourd’hui.

Voir cette musique jaillir au musée Guimet, l’un des plus grands conservatoires des arts asiatiques en Europe, a quelque chose de réjouissant : la tradition n’y est pas exposée sous vitrine, elle y est jouée, vivante, électrique.


Informations pratiques

  • A Shamanic funky night – Chudahye Chagis
  • Quand : jeudi 15 octobre 2026 à 20h
  • Où : musée national des arts asiatiques – Guimet, 6 place d’Iéna, 75116 Paris
  • Avec : Chu Dahye (chant), Lee Si-mun (guitare), Kim Jae-ho (basse), Kim Da-vin (batterie)
  • Réservations : guimet.fr

Sources