Festival d’Aix-en-provence – Du 4 au 21 juillet 2025
Le Festival d’Aix-en-Provence présente une nouvelle production de Don Giovanni du 4 au 21 juillet 2025. Cette production est dirigée musicalement par Sir Simon Rattle et mise en scène par Robert Icke, marquant ainsi une collaboration prestigieuse pour cet événement culturel majeur.

Toutes les photos : Festival d’Aix-en-Provence 2025 © Monika Rittershaus
Don Giovanni
Opéra en deux actes composé par Wolfgang Amadeus Mozart avec un livret de Lorenzo Da Ponte. Créé en 1787, il est considéré comme l’un des plus grands opéras de tous les temps. L’histoire suit les aventures du personnage éponyme, un noble espagnol libertin et séducteur, qui défie les conventions morales et sociales de son temps.
« Qui est mort ? Vous ou le vieux ? » Cette question, lancée par un Leporello terrifié à Don Giovanni après son duel avec le Commandeur, peut sembler ridicule, mais elle instille un doute profond. Initialement, un homme âgé est tué par un plus jeune, qui tente ensuite de fuir son destin. Finalement, le premier revient et entraîne le second dans la mort. Quel lien mystérieux unit ces deux êtres, comme si l’un était le prolongement de l’autre à travers les âges de la vie ?
Deux facettes du séducteur divisent nos consciences plus que jamais : le libertin au charisme envoûtant et le débauché puni, dont la honte rejaillit sur tous. Mais que signifie aujourd’hui être précipité aux enfers ? Dans un lit d’amour et d’agonie, un cœur bat, trop faible, trop fort, projeté dans un voyage halluciné aux confins des limbes.
Cette huitième production de l’œuvre la plus emblématique du Festival offre à Sir Simon Rattle l’occasion de revenir à Mozart à la tête de l’Orchestre symphonique de la Radiodiffusion bavaroise, accompagné d’une distribution somptueuse menée par Andrè Schuen. Le metteur en scène anglais Robert Icke, réputé pour ses adaptations profondes des classiques, fait ici ses débuts dans le monde de l’opéra.

Mise en Scène et Direction Musicale
Robert Icke, connu pour ses mises en scène audacieuses et innovantes, apporte une nouvelle vision à cet opéra classique. Sir Simon Rattle, quant à lui, dirige l’Orchestre symphonique de la Radiodiffusion bavaroise, promettant une interprétation musicale de haut niveau. La distribution inclut des chanteurs renommés tels qu’Andrè Schuen dans le rôle-titre, soutenu par un casting de premier plan.
Cette production explore les thèmes de la transgression et de la perversion, mettant en lumière les contradictions du personnage de Don Giovanni. Le Festival d’Aix-en-Provence est réputé pour ses productions audacieuses et cette version de « Don Giovanni » ne fait pas exception, repoussant les limites de la mise en scène traditionnelle.
La mise en scène signée Robert Icke, à l’occasion de ses premiers pas en opéra, cette production adopte un ton sombre et clinique, jouant sur l’idée que Don Giovanni et le Commandeur seraient deux facettes de la même figure.
Ce Don Giovanni est porté par une énergie soutenue et une vitalité ininterrompue, grâce à une distribution de chanteurs, tous aussi jeunes que talentueux.
La production de Don Giovanni à Aix 2025 offre une expérience contrastée : une distribution vocale de haut niveau – notamment André Schuen, Golda Schultz et Paweł Horodyski – servie par une direction musicale soignée, mais confrontée à une mise en scène conceptuelle qui a détruit son fil narratif pour certains spectateurs.
La production de Don Giovanni au Festival d’Aix-en-Provence en 2025 est un événement marquant, alliant une direction musicale exceptionnelle et une mise en scène contemporaine par une des figures de la mise en scène internationale. C’est une occasion unique de redécouvrir ce monument de l’Opéra classique.

Un plateau vocal fort et plein d’énergie
Don Giovanni – André Schuen
- Jouant la maîtrise du rôle avec charisme, profondeur vocale et phrasé soigné ; douceur et mordant se combinent dans des airs comme Là ci darem la mano et l’air du Champagne (Fin ch’ han dal vino).
- Stature scénique naturelle, bien que freinée par certains choix de mise en scène .
Leporello – Krzysztof Bączyk
- Baryton solide avec moyens vocaux généreux, mais dont le jeu reste impassible, manquant de chair .
Donna Anna – Golda Schultz
- Interprétation considérée comme la plus convaincante parmi les rôles féminins : voix éclatante, émotionnelle, mais parfois diction italienne insuffisante, et jeu scénique limité.
Donna Elvira – Magdalena Kožená
- Voix encore puissante et expressive, mais semble désormais dépassée par les exigences du rôle .
Don Ottavio – Amitai Pati
- Voix élégante et stylée, mais globalement jugée faible et incertaine, notamment pour ce rôle qui réclame flexibilité et assurance .
Zerlina – Madison Nonoa
- Voix trop douce, peu audible, ce qui affaiblit son impact scénique .
Masetto – Paweł Horodyski
- Interprétation solide, ample, humaine, offrant un contraste réussi avec le ton clinique du reste de la distribution .
Le Commandeur – Clive Bayley
- Timbre aigrelet, voix manquant de solennité, mais proposant une version plus vulnérable de ce personnage traditionnellement imposant .

Voici une version enrichie et structurée de l’intrigue de Don Giovanni selon la mise en scène de Robert Icke au Festival d’Aix-en‑Provence 2025, avec un aperçu des choix scéniques de cette production :
Livret et synthèse critique
Cette nouvelle création, dirigée musicalement par Sir Simon Rattle avec l’Orchestre symphonique de la Radio de Bavière, marque les débuts lyriques de Robert Icke, metteur en scène britannique notable du théâtre contemporain. Sa vision, froide, clinique et presque morbide, pose Don Giovanni en figure multiple : libertin jeune et dissolu à la fois, possiblement le double du Commendatore .
Acte I
1. Le Duel et la confusion initiale
- Dès l’ouverture, on voit un homme âgé (possible Commendatore) s’effondrer, suggérant un infarctus.
- Le dispositif inaugural (commando/tête géante) crée un parallèle entre le jeune Don Giovanni et cette figure plus âgée, semant le doute sur leur identité.
2. Catalogue & intrusion d’une fillette
- Leporello énumère les conquêtes de son maître. Surgit une petite fille en talons portant un ours en peluche – elle symbolise une jeune Donna Anna violée par son propre père (le Commendatore).
- Réapparitions périodiques de la fillette soulignent la traumatisme originel d’Anna.
3. Confort et trouble
- L’élément vidéo est largement utilisé pour fragmenter l’action, soutenir la confusion, souligner l’état mental des personnages .
- Les récitatifs sont épars, lents, parfois a capella, soutenus uniquement par un clavecin – une rupture radicale avec l’orchestre impulsif dirigé par Rattle.
Acte II
4. Séductions contemporaines et isolement
- Zerlina apparaît comme envoûtée, ses sentiments exacerbés jusqu’au fantasme – ce trouble est amplifié par la scénographie minimaliste et noire.
- Le décor est dépouillé : un grand mur aux coulisses apparentes, trois tables désertes, lumière froide mettant en avant l’espace vide et la claustrophobie de cette commedia dolorosa .
5. Donna Elvira et le regard exigeant
- Elvira, les yeux bandés, incarne la cécité face à la tromperie – elle dit servir Giovanni tout en cherchant à le punir .
- L’alchimie de la mise en scène repose sur des gestes précis, des mouvements au millimètre, comme si les acteurs obéissaient à un script mental plutôt que verbal .
6. Le banquet du Commandeur
- Utilisation d’un tourne‑disque pour accompagner les trois morceaux orchestralement tacet, tenus silencieux par le Commendatore en surplomb – la musique en direct est ainsi exclue, occultée.
- Une statue du Commandeur est intégrée en relief dans le mur : la figure de pierre devient hybrique, menaçante et omniprésente.
Final
7. Effondrement et dernière ambiguïté
- Don Giovanni chute spectaculairement d’un escalier — la violence de la mort est réelle, mais l’homme qui tombe n’est peut-être pas lui.
- Réapparition de la même longue silhouette tombée — se pourrait-il qu’il s’agisse du Commendatore ?
8. Silence, vidéo, absence de chœur
- Aucun applaudissements, tacet orchestral prolongé, usage d’une vidéo pour clore la relecture. La fin est ouverte, sujette à interprétations…
Résumé des effets de mise en scène
| Élément | Effet |
|---|---|
| Projections vidéos | Fragmentent le récit et accentuent la confusion psychologique |
| Mutisme orchestral | Crée une fracture entre action scénique (mutisme) et musique (orchestre extérieur) |
| Symboles visuels | Fillette = Donna Anna enfant ; statue intégrée = spectre menaçant du Commendatore |
| Décryptage identitaire | Don Giovanni et Commendatore fusionnent ; question centrale : qui est « mort » vraiment ? |
| Espace théâtral minimaliste | Accentue la dimension clinique, limite les fioritures pour mieux braquer l’attention sur la psychologie des personnages |
La version 2025 de Don Giovanni à Aix-en‑Provence est une incursion audacieuse dans la psychologie du libertin mythique – un spectacle chirurgical, caricatrice, fruit d’une collaboration fertile entre Rattle et Icke, mais qui se heurte à la possibilité même de l’opéra : rendre intelligible le drame par la mise en scène. Le pari est vertigineux, gâché pour certains par l’excès de froide distance, mais fascinant pour qui veut y voir un thriller intérieur masqué en opéra classique.
Présentation sur la page du festival
Billeterie sur la page du Festival
Photographies : Festival d’Aix-en-Provence 2025 © Monika Rittershaus
