Oleg Kulik

Oleg Kulik est un artiste plasticien et performeur russe. On peut dire qu’il fait partie d’un mouvement d’actionnisme russe qui prend place dans les 90’s, directement héritier du mouvement de l’actionnisme viennois développé dans les années 60 et qui avait pour dynamique de développer l’art de la performance. L’actionnisme russe a donc été une transposition de ce mouvement, mais appliqué à la Russie de l’ère post-soviétique, qui ne dispose à l’époque d’aucune institution artistique. Ces artistes actionnistes russes mettent donc en place des performances artistiques radicales, violentes et subversives.

Oleg Kulik est un artiste qui revendique la « zoophrenie », un concept artistique développé par lui-même, qui lui permet d’explorer les rapports entre hommes et animaux. Cette proximité ou confusion entre l’homme et l’animal, se trouve appuyée par une radicalité de ces œuvres, tant dans la performance qui est souvent extrême, que dans le message qui peut souvent être d’ordre politique.

L’artiste garde des traces de ses performances grâce à des photos et vidéos qui sont ensuite présentées dans des expositions partout dans le monde.

Oeuvres réalisées par Oleg Kulik

« New sermon » 1994

Il s’agit d’une performance où Oleg Kulik, déguisé en Jésus Christ mais avec des bras en patte de porcs, porte un porcelet et se rend sur un marché porcin de Moscou afin d’imiter le cri de cet animal, pour attirer l’attention sur la cause animale. Il fait donc une comparaison entre le martyr du Christ et la souffrance des animaux liée à la production et à la vente de viande. Nous sommes donc à la fois dans une œuvre politique, pour la cause animale, et blasphématoire car reprenant des codes sacrés.

« Two Kuliks»,1998

Il s’agit d’une performance réalisée à Riga en Lettonie, où Oleg Kulik se trouve nu face à un portrait de lui-même. Affublé d’un bec pinceau, il incarne un oiseau, et peint par dessus son propre portrait. Il incarne à la fois « Kulik l’artiste » et « Kulik l’animal », d’où le nom de l’œuvre. Cette double incarnation provoque un conflit intérieur qui va mener à la fin violente de cette performance. Il peint d’abord calmement, puis donne des coups dans son portrait à l’aide son ?’bec », et finit par entrer dans une folie destructrice, donnant un coup de poing dans celui-ci, qui se brise, le blessant gravement à la main. Cela provoque donc la fin de la performance et son évacuation par les secours afin de l’emmener à l’hôpital.

Ses œuvres « chien »

Oleg Kulik a notamment développé sa notoriété sur ses performances où il incarne un chien, expérience qu’il a réitérée à de nombreuses reprises comme dans les œuvres qui vont suivre.
A partir de 1994, Oleg Kulik se concentre sur des performances où il se met dans la peau du chien spécifiquement, car cet animal qu’il incarne d’une manière agressive, lui permet de transcrire la politique russe de l’époque. C’est pour cette raison que ses performances sont, le plus souvent, extrêmes et brutale.
Il réalise certaines de ses performances de chien dans des institutions artistiques, où il est attendu, et où tout est donc planifié à l’avance, mais il réalise aussi parfois ses performances dans l’espace public ne prévenant personne avant.

« Mad Dog », 1994


Il s’agit de la première performance où il se met dans la peau d’un chien. Cette performance se déroule dans l’espace public, dans une rue, à Moscou.
Kulik incarne un chien devant la « Marat Guelman Gallery », galerie d’art. Il symbolise le fait d’être le chien de garde des « valeurs obsolètes ». Cette performance est réalisée en signe de protestation contre la répression du gouvernement sur les artistes, notamment à cause de la fermeture d’un squat d’artiste par les autorités.
Oleg Kulik est nu, tenu en laisse dans la rue par Alexander Brener, un autre actionniste. Lors de cette performance, il aboie, attaque les passants et se jette sur des voitures.

« Dog House », 1996


Oleg Kulik réalise cette performance à l’occasion de l’exposition « Interpol ». C’est cette exposition qui le propulse sur la scène internationale. Elle réunit des artistes des 2 anciens blocs, de l’est et de l’ouest, en une seule exposition. Cette exposition a pour thématique les problèmes de communication, sur teinte de marque laissée par la guerre froide.
Pour cette performance réalisée dans une salle d’exposition, Oleg Kulik est toujours nu, affublé d’une laisse et attaché à un poteau. Une maison miniature pour chien est également présente, il rentre dedans de temps à autre. Il incarne un chien agressif. Le public est prévenu de ne pas franchir les marques délimitées au sol car il s’agit du territoire du « chien ». Or, un spectateur passe outre à cette règle, c’est alors que Kulik le mord. Lors de cette performance, il détruit également des œuvres des autres artistes présents à cette exposition, de la même manière que pourrait le faire l’animal qu’il incarne.
Il est arrêté par la police, à cause de la morsure. Des policiers viennent le chercher au sein même de l’espace d’exposition.
A la suite de cette exposition qui fait polémique, il écrit 2 lettres expliquant sa démarche, se nommant ?’Why have I bitten a man » : pourquoi j’ai mordu un homme et ?’To bite or to lick » : mordre ou lécher.

« I bite America and America bite me », 1997


Cette œuvre est une citation faite à une autre performance, de Joseph Beuys, « I like America and America like me » datant de 1974.
Dans la performance d’origine, Joseph Beuys passe plusieurs jours dans une salle de galerie en compagnie d’un coyote, cohabitant avec celui-ci.
L’oeuvre d’Oleg Kulik ?’I bite America and America bite me », reprend cette même idée, de cohabitation homme/animal dans un même espace fermé, mais l’animal est ici en fait Oleg Kulik réalisant sa performance de chien. Il reste enfermé durant 2 semaines sans sortir. Le dispositif se constitue d’une sorte de cellule dans laquelle se trouve l’artiste. Celui-ci porte un collier de chien au cou, et est toujours nu. Les spectateurs observent par des vitres, et peuvent le rejoindre dans la cage dans laquelle il se trouve, mais après avoir signé une décharge et s’être protégés préalablement.

Polémiques suscitées par ses œuvres

Oleg Kulik a à de nombreuses reprises, eu à faire avec la police, car ses performances extrêmes peuvent choquer de par leur image, mais également du fait que Kulik mord parfois les spectateurs sans simulation.
Prenons pour exemple, « Reservoir dog » réalisé en 1995 : lors d’une exposition à Zurich à laquelle il est invité, il réalise sa performance de chien devant la « Swiss Bank of Art » aboyant sur les passants et les attaquant lorsque certains d’entre eux tentent de rentrer à l’intérieur. Il finit arrêté par les autorités. Il passe une nuit en prison. Cette performance avait pour but de protester contre la transformation de la vie des artistes en valeur matérielle, soit contre la marchandisation de l’art réalisée sur le dos des artistes.

Plus récemment, en 2008, son travail a été exposé à la FIAC en France. Certaines de ces photographies interrogeant les rapports entre l’homme et l’animal ont été décrochées sur ordre de la police car celles-ci avaient été qualifiées comme pouvant heurter la sensibilité d’un public mineur, par le caractère pornographique et zoophile de celles-ci.

Le travail d’Oleg Kulik s’axe notamment des performances mais pas que. La question animale est fortement présente, et peut servir à la fois d’engagement propre, ou de support métaphorique à des questions sociales et politiques. Celui-ci réalise systématiquement des performances extrêmes, qui provoquent la polémique et la controverse, et qui lui ont permis d’acquérir une notoriété mondiale dans le domaine de la performance.
On pourrait presque dire que cet artiste est en quelque sorte rentré dans la « pop culture » : une citation à son travail a été faite notamment dans une scène du film « The Square », film sur la thématique de l’art contemporain.

Article réalisé par Juliette Police.