Dan Flavin

Daniel Nicholas Flavin junior naît le 1er avril 1933 dans le Quens, à New York, précédant de quelques minutes son frère jumeau David John Flavin.
Après un service militaire en Corée (1954-1955), durant lequel il commence à étudier l’art grâce à des cours dispensés par l’Université du Maryland, il revient à New York et suit brièvement les cours de la Hans Hofmann School of Fine Arts avant d’étudier l’histoire de l’art à la New School for Social Research (1956) puis la peinture et le dessin à l’Université Columbia de New York (1957-1959).

A la suite de ses études il réalise des aquarelles et dessins à encre de Chine sous l’influence de l’expressionnisme abstrait jusqu’en 1961. A partir de cette année il va se consacrer à ce qu’il a appelé « icônes ». Ce sont des volumes monochromes surmontés ou barrés de banales ampoules ou de petits tubes fluorescents.

Icon IV

On peut retenir Icon IV (1962-1969), la plus dramatique de cette série, dédiée à son frère jumeau David mort prématurément en 1962, qui marque une étape importante annonçant implicitement par sa simplicité formelle et sa blancheur immaculée son travail futur.

C’est en 1963 qu’apparaît la première pièce constituée uniquement d’un tube fluorescent, la célèbre diagonal of May 25, « diagonale de l’extase personnelle », de couleur or, simplement accrochée en diagonale sur un mur blanc. De ce geste décisif va découler toute l’œuvre de Dan Flavin

Dan Flavin Diagonale de l’extase personnelle ou Diagonale du 25 mai 1963

De cette diagonale du 25 Mai 1963 vont suivre de très nombreuses œuvres et installations. Il installe ses tubes à New York et jusqu’à Milan en passant par l’Allemagne. Grace au mécénat de la Dia Art Foundation, Dan Flavin a installé ses œuvres aussi bien dans des musées que dans des lieux publiques (ex : quais de la gare de New York, 1977-1986). Celles-ci étant souvent éphémères c’est pourquoi il ne subsiste qu’une partie limitée d’œuvres originales de sa remarquable productivité.

Lights, 2012, Vienne
Photo par Mirko Tobias Schäfer

A partir de simples tubes fluorescents, fabriqués industriellement et diffusés dans le commerce, et de quelques couleurs de base, dans le plus pur esprit de l’art « minimal » dont il sera, avec son ami Donald Judd, un des plus éminents promoteurs, Dan Flavin crée une œuvre totalement singulière, à la fois immatérielle et tangible, indéfinissable et très physique, précise et infinie, hypersensible et (anti-)monumentale, distanciée et émotionnelle.

Oeuvre sans titre de Dan Flavin, 1974

Il n’aimait guerre les critiques ou commentaires sur son travail, à part les siens. Ce qui a valu à plus d’un auteur de cinglantes réponses épistolaires après avoir publié une critique de son œuvre.

Dan Flavin meurt le 29 novembre 1996 à Riverhead, sur l’île de Long Island (Etat de New York), âgé alors de 63 ans. Plusieurs installations sont achevées après sa mort, notamment dans les lieux suivant : Chiesa di Santa Maria Annunciata, Ciesa Rossa, à Milan (1997) ; Richmond Hall, The Menil Collection, à Houston (Texas, en 1998); Chinati Foundation, à Marfa (Texas, en 2000). Il est aujourd’hui considéré comme l’un des quatre fondateurs de l’art « minimal » et artiste majeur de son époque.

Œuvres

Le travail de Dan Flavin est consacré quasi-exclusivement à des tubes de lumière fluorescente. Il utilise des néons que l’on peut trouver en grande distribution. C’est pour cela qu’il est comparé, dans un premier temps, aux ready-made. Mais Flavin n’utilise pas ces tubes fluorescents comme des objets de démonstration d’une théorie de l’art comme le fait Duchamp (ex : urinoir Fontaine en 1917). Pour lui les ready-mades sont juste des formes, le point de départ, et aussi le seul moyen d’expression, d’un processus de création innovateur. Ses premières et deuxièmes expositions sont consacrées aux icônes, pour la 1ère, et aux tubes fluorescents (1964, galerie Kaymar puis Green, New York). Ses tubes lumineux sont répartis dans toute la salle d’exposition selon un plan minutieux. Son travail permet de se référer à l’architecture du lieu d’exposition et d’en modifier la perception. Dan Flavin décide donc, à partir de 1966, que son travail prendrait un caractère d’installation : les expositions sont donc conçues directement dans les galeries et musées en fonction des spécificités architecturales du lieu.

Untitled (to Barry, Mike, Chuck and Leonard), Dan Flavin

De part ses dispositions de tubes de lumière fluorescente des coins se recoupent, paraissent dédoublés ou disparaissent, des couloirs entiers semblent dématérialisés et commencent à s’estomper dans la réflexion de la lumière, des barrières de tubes fluorescent barrent en parti l’accès à la salle éclairée par ces même néons. L’emploi de couleurs différentes dans des pièces séparées ou reliées crée des contrastes simultanés et des mélanges optiques qui, par un changement infime de perspective, permettent une perception totalement nouvelle de ce qui vient d’être vu. Les installations de ces tubes incluent le spectateur dans l’œuvre car il est lui-même plongé dans la lumière. L’œuvre n’est pas vue de l’extérieur mais de l’intérieur. Avec ses œuvres, Flavin accomplit parfaitement la mission de l’Art minimal telle que Judd la définit dans ”Specific objects” : faire en sorte que l’objet se confonde avec les trois dimensions de l’espace réel.

Untitled (in honor of Harold Joachim) 3, Dan Flavin
Photo de Alan Houston

Attention Dan Flavin n’est pas un mystique de la lumière et il partage avec les autres artistes de l’art minimal le fait qu’un travail moderne ne représente que lui-même. Les œuvres d’art minimal n’inspirent pas un contact physique, il n’est pas possible de caresser leur structure ou leur surface comme on peut le faire avec une sculpture de Brancusi pour en ressentir le poli ou la qualité du matériau; avec Dan Flavin, l’œuvre est réellement impalpable, on ne pourrait même pas poser son regard sur elle. D’ailleurs il qualifie ses travaux de propositions (proposcals) ou d’objets-image (image-objects). De plus il exprime clairement son éloignement aux catégories classiques de l’art : « Je ne partage pas les problèmes de la peinture et de la sculpture, mais il n’est pas nécessaire de ré-étiqueter ce que je suis et ce que je fais. J’ai compris qu’il était inutile de trouver un substitut à la vieille orthodoxie.».

Citations

  • “Un morceau de mur peut être visuellement désintégrée de l’ensemble en un triangle séparé en plongeant une diagonale de la lumière de bord à bord sur le mur, c’est un côté à l’étage, par exemple.”
  • “Elle est ce qu’elle est, et il n’est pas nothin ‘autre … Tout est clairement, ouvertement, franchement livré.”
  • “Mes icônes ne soulèvent pas le sauveur béni dans les cathédrales élaborées. Ils sont construits avec des concentrations célébrant les chambres stériles. Ils apportent un éclairage limité.”
  • “On peut pas penser la lumière comme une question de fait, mais je le fais. Et c’est, comme je l’ai dit, aussi simple et ouverte et directe d’un art que vous trouverez jamais.”
  • “En réalisant cela, je savais que l’espace réel d’une chambre pourrait être brisé et a joué avec en plantant des illusions de la vraie lumière (lumière électrique) à des moments cruciaux dans la composition de la chambre.”
  • “on est bien obligé d’admettre la réalité de l’art temporaire. La permanence va à l’encontre de tout. Elle n’existe pas. Je ne l’attends pas. A une certaine époque, je me plaisais à dire que j’établissais les certificats sur du papier de mauvaise qualité pour être sûr qu’ils allaient se décomposer [‘] après tout je suis le seul à savoir comment les œuvres doivent être installées. Les interprétations posthumes sont toujours décevantes, je le sais ». 13 juillet 1982
  • «Je ne partage pas les problèmes de la peinture et de la sculpture, mais il n’est pas nécessaire de ré-étiqueter ce que je suis et ce que je fais. J’ai compris qu’il était inutile de trouver un substitut à la vieille orthodoxie.»

Influences

Iván Navarro artiste chilien né en 1972 est connu dans le monde entier. A New York, il se fait remarquer grâce à ses oeuvres en trompe l’oeil faisant référence au minimalisme, en particulier à Dan Flavin ou Tony Smith. Le concept de son oeuvre est simple : il transforme les objets du quotidien (portes, chaises, outils ou placards) grâce à des jeux de lumière et d’optique. A travers certaines […]

Œuvres et expositions majeures

  • Série d’icônes, 1961-1963
  • Diagonal Of May 25, 1963
  • The nominal three, 1963, tubes fluorescents blanc lumière du jour.
  • Pink out of a corner (to Jasper Johns), 1963
  • Monument for V. Tatlin, 1964, tubes fluorescents blanc froid
  • A primary picture, 1964, tubes fluorescents rouges, jaunes et bleu
  • Red and green alternatives, 1964, tubes rouges et verts.
  • Untitled (to Dorothy and Roy Lichtenstein on not seeing anyone in the room), 1968
  • Untitled (to the “innovator” of wheeling Peachblow), 1966-1968, tubes placés en carré en travers d’un angle.
  • Three sets of tangented arcs in daylight and cool white, 1969, National Gallery of Canada.
  • Untitled (to Janie Lee) one, 1971, lumière bleu, jaune, verte et rose.
  • Untitled (to you, Heiner, with admiration and affection), 1973, moules en tubes verts
  • Dan Flavin illumine la Gare centrale de New York, 1977
  • Untitled (to thecitizens of the Swiss cantons), 1987, Tubes rouge et blanc placés en diagonale
  • Et beaucoup d’autres…
Installations ”in situ” permanentes

Sont mentionnés ci-dessous seulement les œuvres encore présentes aujourd’hui.
Les titres, ou plutôt les non titres, sont suivi de la date de conception et du lieu de l’installation.

  • Untitled (in memory of Urs Graf), 1972-1975. Offentliche Kunstsammlung Basel, Bâle, don de la Dia Art Foundation, New York, 1980. Installée en 1975.
  • Untitled (to Emmy and Joe with affection), 1976. Collection particulière ; Emily and Joseph Pulitzer Jr. Collection, Saint-Louis (Missouri)
  • Varese corridor, 1976 Guggenheim Museum, New York.
  • Untilted (quietly to memory of Mia Visser), 1977, Rijksmuseum Kröller-müller Museum, Otterlo (Pays-Bas).
  • Untitled (for Betty and Richard Koshalek, a friend reminder)”, 1979, Hudson River Museum Collection, Yonkers (New York).
  • Untitled (to Stephen)”, 1980, United States General Services Administration, Anchorage (Alaska).
  • Bridgehampton (New York), 1983. Installation permanente contenant neuf œuvres conçues par l’artiste. Informations complémentaire sur le site Diaart.org.
  • Untitled (to the people of Baden-Baden, respectfully), 1989, Staaliche Kunsthalle, Baden-Baden (Allemagne).
  • Untitled (to Tracy Harris), 1992. Metrotech Center, Brooklyn, New York.
  • Untitled, 1994 (dix réverbères à l’extérieur du musée). Städtische Galerie im Lenbachhaus, Munich.
  • Untitled (to Janet Chamberlain), 1995. Hypovereinsbank, Munich.
  • Untitled, 1996. Dia Art Foundation.
  • Untitled, 1996 (deux œuvres). Hamburger Bahnhof Museum für Gegenwart, Nationalgelerie, Berlin.
  • Untitled, 1996. Union Bank of Switzerland, Berne.
  • Untitled, 1996. Chiesa di Santa Maria Annunciata, Chiesa Rossa, Milan.
  • Untitled, 1996 (trois œuvres). Richmond Hall, Menil Collection, Houston (Texas).
  • Untitled (Marfa project), 1996. Chinati Foundation, Marfa (Texas).

Expositions

Ceci n’est qu’un rapide aperçu des très nombreuses expositions consacrées à Dan Flavin (environ 130 avec ses seules œuvres à l’affiche). Les expositions après 1996 ont été réalisées grâce à ses proches, son fils notamment, et aux plans qu’il avait réalisé.

1961 : « Dan Flavin : construction and watercolors », Judson Gallery, New York
1964 : « dan flavin : some light », Kaymar Galleru, New York
1964 : « dan flavin : fluorescent light », Green Gallery, New York
1967 : « Dan Flavin : alternating pink and « gold » », Museum of Contemporary Art, Chicago
1968 : « cool white, etc from Dan Flavin », Dwan Gellery, New York
1970 : « four « monuments » for V. Tatlin 1964-1969 from Dan Flavin », Leo Castelli Gallery, New York
1970 : « cornered installations 1963-1970 from Dan Flavin », Dwan Gallery, New York
1972 : « an exposition of cool white and warm white circular fluorescent light from Dan Flavin », Leo castelli Gallery, New York
1973 : « barriers in fluorescent light from Dan Flavin », Carlson Gallery, Bridgeport (Connecticut)
1975 : « fünf Installationen in fluoreszierendem Licht von Dan Flavin », Kunsthalle, Bâle
1974 : «Daniel Weinberg Gallery, San Francisco
1976 : « Dan Flavin : drawing, diagrams and prints 1972-1975 », Fort Worth Art Museum, Fort Worth (Texas)
1979 : « an installation in fluorescent light by Dan Flavin » National Gallery of Canada, Ottawa
1983 : Dan Flavin Art Institue, Bridgehampton (New York), installation permanente.
1984 : « Dan Flavin : spanning corners », Margo Leaving Gallery, Los Angeles
1986 : « Dan Flavin : fluorescent Circles and Strips Cornered », Margo Leavin Gallery, Los Angeles
1987 : Musée Saint-Pierre, section Art contemporain, Lyon
1989 : « Dan Flavin : to the citizens of the Repubmic of France on the 200th anniversary of their revolution », Leo Castelli Gallery, New York
1990 : untitled 1990 themes and variations » Waddington Galleries, Londres
1991 : « Dan Flavin : Tatlin Monuments », Mary Boone Gallery, New York
1993 : Annemarie Verna Galerie, Zurich
1994 : De Zonnehof, Amersfoort (Pays-Bas)
1995 : « Dan Flavin : neue Arbeiten », Galerie Bärbel Grässlin, Francfort-sur-le-Main
1996 : « untitleds (to Don Judd, colorist) », Yamaguchi Gallery, Osaka
1997 : « Dan Flavin : 1962/63, 1970, 1996 », Dia Center for the Arts, New York
1998 : Centro Cultural Light, Rio de Janeiro
1999 : « Dan Flavin : The Architecture of Light », Deutsche Guggenheim, Berlin
2003 : « Dan Flavin : Monuments for V. Tatlin », Richmond Hall, Menil Colection, Houston (Texas), installation permanente inaugurée en septembre 2003.
2006 : Musée d’Art moderne de la ville de Paris. Pour la première fois en France, le musée d’Art moderne de la ville de Paris présente une rétrospective de Dan Flavin (1933-1996).
2008 : Lille 3000 présente l’exposition ‘Passage du Temps’ grâce au prêt d’oeuvres de la collection François Pinault Foundation.

Sources

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