Nam June Paik

Nam June Paik est un artiste coréen considéré comme un des fondateurs de l’art video. Il est né à Séoul le 20 juillet 1932 et est décédé à Miami le 29 janvier 2006. Son génie est d’avoir compris que l’apparition de la télévision avait changé le monde. Après plusieurs années de travail il reçoit en 1998 le Prix de Kyoto (récompense internationale attribuée à certaines personnes pour leurs contributions dans le développement des sciences, de la civilisation mondiale ou de l’élévation spirituelle), et est notamment lauréat du Prix de la Culture Asiatique de Fukuoka en 1995.

Durant toute sa carrière il va collaborer avec de nombreux amis artistes tels que Charlotte Moorman violoncelliste avec qui il réalise plusieurs performances (TV Bra For Living Sculpture, 1969) et John Cage, son mentor, (travail sur la culture du déchet et du ratage). Dans son travail, son outil de prédilection sera le poste de télévision avec lequel il fera de nombreuses expérimentations dans le but de trouver ses limites (il joue, par exemple, avec les électrons du tube cathodique) et d’en détourner l’utilisation.

TV garden (1974)

Parcours de Nam June Paik

Né à Séoul le 20 Juillet 1932 sous la période coloniale, il est le cinquième enfant d’une famille possédant une grande manufacture textile. Il a été initié dès son enfance à la musique, notamment par l’apprentissage du piano.

En 1950, il est contraint, avec sa famille, de fuir la Corée suite à la guerre qui ravage le pays. Il s’installe d’abord à Hong-Kong, puis à Tokyo où il décrochera en 1956 un diplôme sur l’Histoire des Arts et l’Histoire de la Musique avec sa thèse sur Arnold Schonberg.

Après des études de musique en Corée puis au Japon, il part en 1956 terminer sa formation universitaire en Allemagne. En 1958, il travaille auprès du compositeur Stockhausen – pionnier de la musique électroacoustique – dans le studio de musique électronique de Radio Cologne. Il poursuit des études sur l’Histoire de la Musique à l’Université de Munich et des études de Composition au conservatoire de Fribourg.

Durant cette période, Nam June Paik côtoie l’avant-garde de l’époque (notamment Joseph Beuys, John Cage et rejoint le groupe artistique Fluxus (issu du mouvement dada qui mélange aussi bien la musique, la performance, l’art plastique et l’écriture) où il produit, dans le cadre de ce mouvement, ses propres concerts, expositions et performances (comme briser son violon sur scène, plonger dans des baignoires, jeter des œufs sur le public, etc.).

Il réalise ses propres concerts, expositions et “actions musicales” durant lesquelles il lui arrive de briser un violon sur scène tout ceci dans l’idée de détruire la musique traditionnelle. En 1961 il participe à la pièce musicale de Stockhausen , Originale, et réalise alors une performance en même temps que l’oeuvre du compositeur et ses propres montages sonores sont joués également. C’est à partir de là que son intérêt pour le medium vidéo va réellement naître.

Deux rencontres vont être décisives pour son travail: en 1958, avec John Cage pour qui “tout peut devenir matériau artistique” et, en 1961, avec George Maciunas, initiateur de Fluxus, à l’esprit duquel Paik adhère dès lors. Il participe au premier festival Fluxus à Wiesbaden en Allemagne en 1962.

C’est à cette période qu’il rencontrera des compositeurs mais aussi des artistes conceptuels comme Joseph Beuys ou Wolf Vostell , véritable inspirateur pour l’art électronique.

Dans la période de 1962 à 1967 il réalise quelques films pour Fluxus : les Fluxfilms. Le premier s’intitule Zen for Film : c’est une bande de pellicule de 16mm de 8 minutes vierge et non développée. Le film est donc composé de traces dues aux frottements, à la poussière et autres. Il réduit ainsi le cinéma à sa forme la plus originelle : un écran vierge.

Fluxus les inventeurs de l’art vidéo

Dès le début des années soixante, Paik explore les nouveaux moyens de communication et tente de créer une peinture nouvelle en recourant à des procédés électroniques. ” Tout comme la technique du collage a remplacé la peinture à l’huile, le tube cathodique remplacera la toile ” , déclare Paik en 1965.

En mars 1963, il présente à la galerie Parnass de Wuppertal une installation composée de 13 téléviseurs posés à même le sol dont l’image déréglée par des générateurs de fréquences ne diffuse rien d’autre que des rayures et des striures. Cette “exposition de musique et de télévision électronique” est considérée aujourd’hui comme la première œuvre d’art vidéo.

” Tout comme la technique du collage a remplacé la peinture à l’huile, le tube cathodique remplacera la toile ” , déclare Paik en 1965.

Citations de Nam June

En 1963, la galerie Parnass de Wuppertal (Allemagne) présente treize téléviseurs “préparés” (Music/Electronic Te/evision); sur chacun, le trajet des électrons est perturbé à l’intérieur du tube cathodique, transformant les images figuratives des programmes en formes abstraites. L’artiste a souligné l’analogie de ses variations visuelles avec celles, sonores, obtenues par Cage sur ses instruments préparés.

En 1965, il achète sa première caméra vidéo portable. C’est dans cette décennie que Paik, installé aux États-Unis, réalise avec la violoncelliste Charlotte Moorman de nombreuses performances. Ainsi ses vidéo-sculptures, L’Opéra Sextronique (1967) ou encore T.V. Bra for Living Sculpture for Living Sculpture (1969), où deux moniteurs T.V. qui diffusent les images des premiers hommes sur la lune, servent de soutien-gorge à la violoncelliste, les images changeant le rythme de l’instrument dont elle joue.

La naissance de l’art vidéo

La vidéo en tant qu’expression artistique naît de la rencontre de plasticiens, d’ingénieurs et de directeurs de chaînes de télévision : ils recherchent de nouvelles possibilités d’utilisation du médium vidéo. En 1959, dans le cahier de notes de George Brecht, on trouve l’ébauche d’une télévision pièce, assemblage de neuf téléviseurs en marche, formant ce qu’on appellerait aujourd’hui un mur vidéo. En 1962, Nam June Paik, invité par le studio de musique expérimentale du Westdeutscher Rundfunk de Cologne, entreprend de faire des expériences avec des tubes cathodiques de téléviseur. Il expose en 1963 les résultats de ses premières recherches à la galerie Parnass de Wuppertal, il fut invité par celui ci à une exposition individuelle. Cette exposition marque la véritable naissance de l’Art Vidéo, et donne à Nam June Paik son statut de fondateur de l’Art Vidéo.

Dans son exposition, Paik explorait deux thèmes : “Exposition of Music” et “Electronic Television”, combinés l’un à l’autre sur la base d’une participation du visiteur à l’exposition et de son implication dans les déroulements de celle-ci, caractéristique chez les artistes du mouvement Fluxus (mouvement américain et européen néo-dada). Durant cette exposition, il présente, avec son ami Wolf Vostell sa première installation intitulée Treize téléviseurs préparés. Les téléviseurs sont présentés comme déréglés exhibant des zébrures dues à une diffusion de fréquences sonores dans le tube cathodique, ceci faisant référence au piano préparé de John Cage. Dès lors, “la télévision abstraite” est née.

Paik poursuit sa recherche sur l’abstraction en collaborant avec l’ingénieur Shuya Abe, qui inventa au Japon un des premiers synthétiseurs vidéo (1969-1970). Cet instrument déforme les images des caméras parasitant de même le paramètre des sons poussant alors l’image à son paroxysme. Il joue sur l’accumulation de téléviseurs et d’instruments, parasitant les téléviseurs les détourant ainsi de leur fonctionnalité première. Il exploite l’art vidéo en tant que véritable sculpture. Dans la série “Robots”, Paik donne une valeur anthropomorphique à ses sculptures vidéos.

Par ailleurs, l’artiste montrant Bouddha dans certaines de ses œuvres engage une réflexion sur le culte voué à la télévision en occident. Cette œuvre exprime une réflexion plus profonde sur l’auto-hypnose qui est à l’œuvre dans la méditation et sur le massage neuronal global de la télévision…

TV Buddha

Suite à un passage rapide au Japon en 1964 où il rencontre Shuya Abe, il part pour les Etats-Unis, plus précisément à New-York, où il rencontre Charlotte Moorman avec qui il collaborera.

“Charlotte Moorman” Concerto for TV Cello and Videotapes, 1971

La rencontre avec Charlotte Moorman engendre en 1969 ”TV Bra for Living Sculpture”, un soutien-gorge réalisé avec des écrans de télévision portée par Moorman et qui diffuse des images des premiers pas de l’Homme sur la Lune. La vitesse à laquelle elle joue du violon va influer sur la vitesse de défilement des images retransmises par le “soutien-gorge”. Leur collaboration continue en 1971 avec ”TV Cello”, un assemblage de trois télévisions montées les unes sur les autres formant l’ossature d’un violoncelle. L’installation se veut telle que lorsque Charlotte Moorman utilise son archet sur le “violoncelle”, son image, ainsi que celle d’autres violoncellistes se voient projetées sur les écrans. Il réalise aussi avec elle ”Opera Sextronic” qui vaudra à Moorman d’être arrêtée, montrant bien que cette œuvre peut déranger.

Nam June Paik & Charlotte Morman – TV bra for living-sculpture – 1969

Deux TV miniatures sont disposées sur les seins de Charlotte Moorman qui joue du violoncelle. Les images sont diffusées en direct sur les deux TV et d’autres, disposées autour.

Paik et Morman – Human Cello – 1965 et 1971

(execution de la pièce “26’1 1499 for a string player de Cage)

Concerto for TV Cello and Video tape – 1971

En 1964, il rencontre la violoncelliste Charlotte Moorman avec qui il collabore pour de nombreuses performances.

Du Portapak, à Global Groove, et aux Familles de Robots

En 1968, Nam June Paik collabore avec des techniciens de WGBH, une station locale de télévision, et aussi cinq autres artistes pour laquelle il réalise ”Electronic Opera No. 1”. Dans cette œuvre, les images d’un danseur et trois hippies sont déformées à l’aide d’aimants, ainsi que des figues emblématiques comme celle de Richard Nixon. Il ajoute en plus un doublage, donnant ainsi des instructions au spectateur. On y retrouve aussi le piano, en feu, rappel de l’influence de Cage, de sa formation musicale au piano.

Paik est l’un des premiers à s’acheter une caméra vidéo portable, lorsque Sony met cet appareil sur le marché américain en 1965. Depuis, il n’a pas cessé de réaliser des bandes vidéo.

Electronic Beatles

En 1970, Paik met au point, en collaboration avec Shuya Abe, le coloriseur. C’est un synthétiseur vidéo qui mixe les couleurs. Cet outil permet de séparer les formes de leur contenu. Les figures peuvent être transformées, multipliées, peuvent exploser.

L’utilisation de ce synthétiseur est très perceptible dans la plus célèbre des bandes de Paik, Global Groove, de 1973. Mais ce qui ressort également de cette œuvre, c’est que Paik manifeste un intérêt très vif pour l’existence rendue possible grâce à la télévision et aux images satellites ? d’une communication globale ainsi que pour l’existence simultanée de toutes les cultures du monde en tous points du monde.

Depuis lors, la production d’un flux d’images paraissant ininterrompu est une caractérisque stylistique importante du travail de Paik. De ce point de vue également, il semble avoir marqué fortement la jeune génération des artistes vidéo.

Œuvre manifeste de la création vidéo, Global Groove (1973), associe de façon débridée et chaotique images télévisuelles (spots publicitaires, programmes de musique et de danse), fragments de créations antérieures (telle TV Cello, 1973) et hommages à l’avant-garde (Ginsberg, Cage, le Living Theater). Ce collage ultra-rapide où se télescopent des éléments sonores et visuels hétérogènes et où les expérimentations visuelles prolifèrent, apparaît “comme une sorte de paysage vidéo imaginaire” préfigurant le village électronique planétaire prophétisé par McLuhan.

Nam June Paik a modifié l’image par ses œuvres, en particuliers celles qui font défiler des images rapidement, comme dans Venus ou Global Groove. Elles ont influencé la création des clips musicaux et le business musical des années 1980.

Video Fish (1975)
Video Flag, 1985
Le Robot K 456

Il pousse sous les roues d’une voiture le Robot K 456 dans l’un des carrefours les plus fréquentés de New York devant le Whitney Museum et sans autorisation légale de la police. Il emporte par la suite les restes dans le musée sur une civière.La presse nomme cet événement le « premier accident du XXIème siècle » car c’est le dernier meurtre du mouvement de l’art de la mort de l’art au XXème siècle.

L’art du satellite, vers l’art planétaire.

Au cours des années quatre-vingts, l’artiste développe la diffusion par satellite des images de ses performances/programmes de télévision. Avec Good Morning Mr. Orwell, Bye-bye Kipling et Wrap around the World, I’artiste organise en direct l’échange d’images entre l’Europe, I’Asie et les États-Unis, appliquant ainsi ses idées d’interactions culturelles entre Occident et Orient.

Good Morning, Mr. Orwell liaison satellite entre le Centre George Pompidou à Paris et le studio WNET-TV de New-York mais aussi avec la Corée du Sud. Symbole d’échanges intercontinentaux, cette liaison satellite et artistique sera vu par près de 25 millions de téléspectateurs le 1er Janvier 1984. Dans cette œuvre, Nam June Paik utilise à la fois des images précédentes de ses œuvres et des effets graphiques. Charlotte Moorman réinstalle ”TV Cello”, combinée à une musique de John Cage. Quelques problèmes techniques ont compliquées la transmission de cette œuvre vivante et directe, mais, selon l’artiste, ils enrichissent la vitalité de l’œuvre.

Le pendant de ces transmissions par satellite planétaire est réalisé en Europe par Stéphan Barron dans Thaon/New York.

Des œuvres ouvertes, préfigutation de l’image interactive

La plupart des œuvres de Nam June Paik font appel à l’intervention du spectateur alors considéré comme acteur et artiste ou provoquent chez lui des réactions grâce à des évènements aléatoires. L’utilisation des aimants par exemple et la déformation de l’image en déplaçant l’objet autour du téléviseur montre bien que le spectateur n’est plus considéré comme tel mais qu’il est bien artiste sinon acteur de l’œuvre.

Certaines de ses œuvres sont aussi réalisées de telle sorte que l’utilisation d’un objet externe, comme le violon dans ”TV Bra for Living Sculpture” ou encore en changeant le volume du poste de télévision pour certaines de ses œuvres, modifient la vitesse de diffusion des images. Là où la peinture ne peut être que regardée et interprétée, les œuvres de Nam June Paik sont mobiles et interactives.

 

Après 1985 Paik se consacre à la réalisation de robots, totems cybernétiques constitués de moniteurs empilés sans doute une méthode commerciale pour pouvoir fournir des pièces au marché de l’art, où la vidéo et l’installation commencent à peine à être collectionné ou acheté par les musées.

Nam June Paik va peu à peu ériger des robots gigantesques composés de téléviseurs, comme notamment ceux de ”Family of Robots”, assemblages humanoïdes montrant l’évolution des technologies : les robots plus âgés, assimilés aux grands-parents sont composés d’écrans et de radios anciens, tandis que plus les générations avancent et plus le matériel utilisé suit l’évolution de la technologie pour aboutir au high-tech de l’époque.

La “Famille Robot” va être le début d’une phase de travail de l’artiste, avec une multiplication des familles : La Famille Paik, la Famille Antiquité ou encore la Famille Révolution dont l’une des créations sera commandée par la ville de Paris pour fêter le bicentenaire de la Révolution Française : ”Olympe de Gouge”. Elle sera exposée au Musée d’Art Moderne de Paris en 1989. Il continue ainsi de diffuser l’esprit ”Fluxus” de ses débuts.

Paik V-Pyramid

 

The More The Better

En 1988, il érige l’installation The More The Better, gigantesque fresque de 1003 télévisions empilées. Cette œuvre a été réalisée en vue des Jeux Olympiques de Séoul.

Créé en 1995, ”Electronic Superhigway”, Continental U.S., Alaska, Hawaii est une critique de “la culture de la société américaine, focalisée sur la télévision, les images mouvantes et le superficiel”. L’œuvre est en exposition permanente à la ”Lincoln Gallery of Smithsonian American Art Museum”.

L’artiste fera l’objet de nombreuses rétrospectives, bien avant sa disparition en 2006, dès les années 70 à Cologne ou encore en 1982 au ”Withney Museum of American Art” de New-York. La plus impressionnante a été celle du Musée Guggenheim de New-York : l’ensemble de l’espace disponible au musée a été utilisé pour l’exposition des œuvres de Nam June Paik en 2000.

Nam June Paik est mort d’une crise cardiaque à Miami en 2006.

Zen for TV, 1963
La distortion, 1963
Magnet TV , 1965
TV Cello, 1963 (avec Charlotte Moorman)
Opera Sextronique, 1967 (avec Charlotte Moorman)
TV Bra, 1968 (avec Charlotte Moorman)
Global Groove, 1973
TV Buddha, 1974
TV Garden, 1974
La Famille-Robot, 1986
One Candle, 1989

 

Olympe de Gouges dans La Fée électricité, 1989, Musée d’art Moderne de Paris

Olympe de Gouges dans La Fée électricité, 1989, Musée d’art Moderne de Paris
La Madeleine Disco, 1989
Diderot, 1989
Voltaire, 1989
Rousseau, 1989
Robespierre, 1989
Vertical Car, Ga Na Oa Ra Airvvays, 1994, où il utilise des œuvres de l’artiste ghanéen Kane Kwei.
Powel Crosley Jr 1992
Miss Rheingold, 1993
Electronic Superhighway, 1995

 

ELECTRONIC SUPERHIGHWAY 1995

Liens

https://www.paikstudios.com/ Site officiel de Nam June Paik
http://www.artvideo.free.fr/musee/biographie/paik.html Biographie de Nam June Paik
https://en.wikipedia.org/wiki/Nam_June_Paik

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