Piero Manzoni

Piero Manzoni est né en 1933 à Soncino (Italie) et il est décédé en 1963 à Milan suite à une attaque cardiaque.
Manzoni est particulièrement connu pour une pour une série d’œuvres mettant en avant la nature de l’objet d’art. Cette démarche préfigure l’art conceptuel en traitant l’objet pour son essence propre.
En utilisant tout ce qui se présente (fourure de lapin , excréments humains…) Manzoni rompt avec les matériaux artistiques courants se rapprochant ainsi de l’Arte Povera. Influencé sans doute par le travail d’Yves Klein et le Nouveau Réalisme fondé par Pierre Restany. Le travail de Piero Manzoni a anticipé et directement influencé celui de la génération d’artistes italiens plus jeunes réunis par le critique Germano Celant lors de la première exposition d’Arte povera qui s’est tenue à Gênes en 1967. 

Piero Manzoni, électron libre participe à différents groupes d’artistes d’avant-garde :
Il a participé à l’exposition Mouvement art nucléaire dans la galerie Fedele de Milan en 1957. En 1959, il abandonne le Groupe Nucleaire (Gruppo Nucleare) et se rapproche d’Agostino Bonalumi et Enrico Castellani. Avec ces derniers il fonde la revue Azimuth, où paraissent des textes de Vincenzo Agnetti, Nanni Balestrini et Edoardo Sanguineti avec des illustrations d’Yves Klein, Arnaldo Pomodoro, Robert Rauschenberg, Jasper Johns, Piero Dorazio, Gastone Novelli et Franco Angeli.

Ligne de Manzoni
Ligne de Manzoni

Piero Manzoni et le groupe “Zéro”, mouvement fondé sur le partage et l’ouverture dans les années 50.
Il participe avec Castellani à promouvoir ce mouvement. Ils sont aussi tous les deux les fondateurs d’Azimuth (revue en 1959, puis nom de sa galerie, fermée fin 1960). Il y installe des lignes continues, parfois mesurant plusieurs kilomètres de long.En 1959, il entre en contact avec le Groupe NUL d’Amsterdam et le Groupe ZERO de Düsseldorf et, tout en continuant ses recherches sur les Achromes, il commence à créer des objets conceptuels comme les Lignes (Linee) sur des bandes de papier qui peuvent atteindre 7200 m de long, avant d’être enroulées dans un tube.

Piero Manzoni – Achromes – 1958

Piero Manzoni et les Achromes
Après ses premières œuvres, réalisées en 1956, Manzoni découvre en 1957, à Milan, les peintures monochromes d’Yves Klein, dont il fait aussi la connaissance. Manzoni va exécuter alors à partir de cette date des peintures intitulées Achromes, tableaux uniformément blancs, dont la particularité est d’être trempés dans une solution de plâtre et de colle et dont les formes sont données par le plissé ou la texture de la toile. Ses œuvres, qui ne sont pas éloignées de l’esprit de celles de Lucio Fontana, ne montrent rien que leur propre existence et n’ont pour Manzoni aucune signification symbolique.

Les Achromes sont des toiles et autres surfaces recouvertes de plâtre ou kaolin sur des panneaux de tissus, feutre, coton, peluche ou autres matériaux.

Sculpture vivante


Au début des années soixante l’artiste souligne avec une série de gestes essentiels la crise de l’art comme forme de représentation.

En 1961 à la galerie La Tartaruga à Rome, il transforme le public en œuvre d’art en signant Sculture viventi, mannequins et gens du public autographiés par l’artiste et accompagnés par une attestation d’authenticité qu’il délivre notamment à Umberto Eco, Marcel Broodthaers et Mario Schifano.
Sur chaque document Manzoni met un timbre: rouge, si le sujet était une œuvre d’art et serait restée pour toujours; jaune, si nouveau status était limité à certaines parties du corps; vert, si à des activités particulières, comme dormir ou courir; pourpre, si le caractère artistique de l’œuvre avait été achetée.

Merde d’artiste, Merda d’artista (1961)

Cette œuvre est incontournable dans la démarche de l’artiste qui cherche à :”découvrir les sources mythologiques et comprendre les valeurs authentiques et universelles”.
Son œuvre est perçue unanimement comme une remise en question de la société de consommation, du consumérisme et de la production de masse post-seconde guerre mondiale.

Le concept est né après une dispute avec son père qui le traita “d’artiste de merde”. Il pris au mot les dires de son père est décida de déféquer dans 90 boites de conserve.
Merde d’artiste (en italien Merda d’artista) fut produite en 1961 se composant de 90 boîtes de conserve cylindriques en métal hermétiquement fermées, contenant les excrément de l’artiste .Elles sont étiquetées, numérotées et signées par Manzoni .
Il avait initialement fixé le prix des boites par rapport à leurs poids, 30 grammes d’excrément équivaux au prix de 30 grammes d’or du marché courant .
Cette démarche est une remise en question du marché de l’art rapproché pour l’occasion au rend de produit de masse et de consommation .

Les œuvres “Merda d’artista” sont exposées dans les plus grands musées du monde.
Musée national d’art moderne, Paris, numéro 31.
Musée de Novecento, Milan, numéro 80.
Tate Modern London, numéro 004.
Staats Galerie Sttutgart, numéro 0-7 (le premier chiffre est égratigné).
Neues Muséum Weimar, numéro 043.
Neues Muséum Nurnberg, numéro 028.

Piero Manzoni a utilisé les codes du commerce pour la réalisation de “Merda d’artista”. Son père étant lui même propriétaire d’une conserverie. Manzoni s’est enfermé dans une cave durant une semaine pour procéder au conditionnement et au sertissage de ses conserves car aucune usine ne voulait le faire.
C’est Antonio Maschera qui a fabriqué les étiquettes des boites ainsi que les cartons d’invitation pour l’exposition (information par Nanda Vigo, propriétaire de la boite numéro 001).

D’après le collectionneur Walter Baldi: “ce qui est important, ce n’est pas ce que Manzoni a voulu faire, c’est la manière dont le monde l’a perçu, dont il la reçu”. Ce collectionneur compare même cette œuvre à une relique.

Pour Libero Grande, collectionneur, on peut acheter des Merda d’artista par contre: “il n’est pas possible d’acheter les idées, on n’achète pas les idées des artistes”.

Pour le collectionneur Robert Rademacher, au delà de la provocation de l’artiste: “pour moi c’était vraiment une provocation que d’acheter la boite”.

Piero Manzoni instaure un rapport de jeu et de confiance entre l’artiste et le regardeur ou le collectionneur.
Soit on croit ce qui est écrit sur la boite car on fait confiance à l’artiste, alors on mourra sans connaître la vérité.
Soit on ouvre la boite et alors on perd à la fois la confiance en l’artiste et l’oeuvre qui a été détruite.
Les conserves de Piero Manzoni dans les Musées inscrivent ces œuvres non seulement dans des lieux reconnus par tous mais les inscrivent également dans la durée et l’histoire.
Toutes les conserves que l’on achète sont faites pour être mangées. Celles de Piero Manzoni sont des conserves que l’on achète et qu’il n’est pas possible de manger, car elles renferment le produit de la fin ultime de la digestion humaine et non ce qui doit constituer son début.
Conservation de ce qui est au bout de la chaine de transformation, de ce qui ne devrait pas être conservé.

Un autre projet de cet artiste consistait à mettre son souffle d’air dans des ballons, ou encore des fioles remplies de son sang (projet non réalisé).

Anecdote:

Par Jens Jorgen Thorsen (02/02/1932 – 15/11/2000).
Il raconte avoir entreposé la boite dans sa cave en Suède, un endroit humide dans lequel la boite à rouillé. L’air pénétrant, un processus de fermentation s’est produit. Il dit l’avoir laissée en l’état et que la merde a commencé à sortir, qu’il a voulu laver mais l’odeur était prégnante. Il l’a alors mise dans une boite avec des choses abîmées. A la fin il ne pouvait même plus lire l’étiquette. Thorsen dit avoir jetée cette boite. Il dit aussi qu’il garde “en mémoire cette boite” n’étant pas collectionneur d’art, pour Bernard Bazile dans son livre “les propriétaires” (1999-2003), il note:” exemplaire 0″.

Avec des piédestaux nommés Socles magiques (Basi magiche) il transforme en œuvre d’art toute personne qui monte dessus, sorte de prolongement des sculptures vivantes.

Le socle du Monde de Piero Manzoni

En 1961, il installe également au Herning Kunstmuseum au Danemark le Socle du monde, hommage à Galilée (Base del mondo) un cube d’acier corten posé à l’envers sur le sol comme s’il supportait le globe terrestre.

En présentant le monde sur un socle inversé, Manzoni a un geste révolutionnaire et que l’on peut voir comme la naissance d’un art planétaire (voir le livre de Stéphan Barron, Toucher l’espace, poétique de l’art planétaire). La naissance d’une conscience planétaire et des enjeux globaux de sa survie.

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